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Arts & spectacles

Penser les images

Images, ontologies et regard : comment apprenons-nous à voir ?

DESCOLA Philippe, DOMECQ jean Philippe, EGO renaud, GUILBERT Cécile

1 h 31 min 18 s

Que montrent les images d’une société et que nous apprennent-elles de sa manière de faire monde ? À partir des recherches de Philippe Descola sur les ontologies et la figuration, l’émission explore le naturalisme, l’animisme, le totémisme et l’analogisme. La réflexion se prolonge par un débat sur le cinéma, le langage, l’attention, les musées et la différence entre voir et regarder. Elle s’achève sur la photographie, le savoir-faire artistique, l’éducation visuelle et une discussion critique sur l’art contemporain.

Résumé de l'émission

La première partie revient sur l’enquête comparative de Philippe Descola consacrée aux relations que différentes sociétés établissent entre humains et non-humains. Son terrain auprès des Achuars a contribué à remettre en question l’universalité de la séparation entre nature et culture. Quatre grandes formes de mondiation sont présentées : l’animisme, le totémisme, l’analogisme et le naturalisme. La figuration désigne alors ce que les images choisissent de rendre visible et pertinent au sein de chacune de ces manières de faire monde.

L’émission examine plus particulièrement le régime naturaliste. La peinture flamande et italienne aurait rendu visibles certains de ses principes avant leur formulation théorique : singularité des intériorités humaines, attention portée aux détails du monde, perspective et géométrie. Le cubisme rompt ensuite avec l’unicité du point de vue, tandis que l’art contemporain laisse réapparaître ou coexister plusieurs intuitions figuratives. Des comportements ordinaires, comme prêter des intentions aux objets, montrent également que les attitudes animistes ne sont pas étrangères aux sociétés contemporaines.

La discussion aborde ensuite la circulation en Europe d’images issues des pillages coloniaux et leur influence sur les pratiques artistiques de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle. Elle interroge aussi l’agentivité des images : celles-ci ne se réduisent pas à des objets passifs, mais peuvent agir selon les usages, les rituels et les dispositifs dans lesquels elles prennent place. Leur exposition dans les musées modifie cette puissance en isolant notamment les masques et les parures des corps qui les activaient.

Une deuxième séquence élargit la réflexion au cinéma, à la représentation et à l’attention. Le regard y apparaît mobile et traversé par une double projection, intérieure et extérieure. Le langage peut banaliser ce qu’il nomme, mais il peut aussi renouveler la perception et faire apparaître ce qui restait sous les yeux sans être remarqué. Des exemples tirés de l’art rupestre, des retables ou des Ménines servent à examiner l’efficacité plastique des images et la tension entre l’expérience des œuvres et les discours théoriques qui cherchent à les expliquer.

La dernière partie porte sur la distinction entre voir et regarder, notamment au musée. La photographie de Nicolas Gilbert s’intéresse aux regards des visiteurs, aux cadres et aux rapports entre les spectateurs et les œuvres. La reproduction numérique, les smartphones et les pratiques touristiques sont discutés à partir de la notion d’aura associée à Walter Benjamin. Enfin, les échanges défendent la nécessité d’éduquer l’œil et valorisent le métier, la main et l’apprentissage artistique. Une critique vigoureuse d’une partie de l’art contemporain est formulée, tandis que la pratique de l’art est présentée comme une recherche exigeante de la beauté et de l’impossible.

  • Philippe Descola distingue quatre formes de mondiation : animisme, totémisme, analogisme et naturalisme.
  • La figuration correspond à ce qu’une culture juge pertinent de rendre visible dans ses images.
  • La peinture flamande et italienne aurait préfiguré certains principes du naturalisme, notamment l’attention au détail, à l’intériorité et à la perspective.
  • Le cubisme fragmente le point de vue unique, tandis que l’art contemporain fait coexister plusieurs régimes figuratifs.
  • Les images peuvent être considérées comme des agents dont la puissance varie selon les contextes culturels, rituels ou muséaux.
  • Le cinéma articule une projection extérieure et un écran intérieur propre au spectateur.
  • Le langage peut aussi bien banaliser la perception que permettre de voir ce qui demeurait inaperçu.
  • Regarder suppose une attention qui distingue cette activité du simple fait de voir.
  • La reproduction, les smartphones et le tourisme muséal soulèvent la question de la perte d’aura des œuvres.
  • La fin de l’émission appelle à éduquer le regard et confronte le savoir-faire artistique à une critique de certaines pratiques contemporaines.
La mondiation, c'est une façon de faire monde.
DESCOLA Philippe, DOMECQ jean Philippe, EGO renaud, GUILBERT Cécile

Chapitres

  1. 00:00:00 Philippe Descola et le terrain amazonien
  2. 00:01:58 Quatre manières de faire monde
  3. 00:08:36 Ce que signifie la figuration
  4. 00:12:00 Peinture et naissance du naturalisme
  5. 00:16:00 Cubisme et pluralité des régimes figuratifs
  6. 00:24:14 Des images actives
  7. 00:32:32 Cinéma, représentation et projection
  8. 00:45:25 Langage, attention et perception
  9. 00:48:08 La puissance plastique des images
  10. 00:58:43 L’art oblige le discours à évoluer
  11. 01:02:45 Nicolas et Cécile Gilbert
  12. 01:06:24 Voir ou regarder au musée
  13. 01:12:00 Aura, reproduction et tourisme culturel
  14. 01:21:38 La main, le métier et le savoir-faire
  15. 01:29:12 Éduquer l’œil et rechercher la beauté