Navigation

Les femmes invisibles ou effacées : pourquoi ?

Pourquoi les femmes restent-elles invisibles dans l’espace public ?

FRAISSE Geneviève, GALLOT Fanny, PRUVOST Genevieve

1 h 48 min 8 s

Pourquoi les femmes demeurent-elles invisibles ou effacées de l’espace public ? À partir des travaux de Geneviève Fraisse, puis de recherches sur les mobilisations sociales, le travail reproductif et les pratiques de subsistance, l’émission relie histoire politique, rapports de pouvoir et écologie. Elle montre que la visibilité ne consiste pas seulement à sortir quelques figures de l’oubli : elle suppose aussi de construire des lignées, de reconnaître des formes de travail dévalorisées et de repenser les cadres de l’action collective.

Résumé de l'émission

L’émission s’ouvre sur une question historique et politique : comment une société peut-elle proclamer l’égalité tout en maintenant les femmes à distance de la citoyenneté et de l’espace public ? Geneviève Fraisse revient sur les stratégies élaborées sous l’Ancien Régime, notamment dans les salons, puis sur les prises de parole qui suivent la Révolution française. La « reconnaissance affirmée » désigne ici le geste de femmes qui n’attendent plus que leurs droits leur soient accordés, mais les revendiquent directement. La discussion examine également la séparation entre famille et cité, l’éducation, la lecture et les contradictions d’une « démocratie exclusive ».

Cette réflexion conduit à interroger la relation entre liberté et égalité. L’avortement est présenté comme un révélateur politique : une reconnaissance juridique peut rester insuffisante lorsque les conditions matérielles d’exercice de la liberté sont fragilisées. Plus largement, l’émission mobilise les notions d’historicité et de sexuation du monde pour analyser les limites de pensées philosophiques qui identifient parfois les mécanismes de domination sans pousser jusqu’au bout la logique égalitaire.

La deuxième partie déplace la question de la visibilité vers celle de la mémoire. « Donner à voir » signifie construire des lignées historiques plutôt que mettre ponctuellement quelques femmes en lumière. Les mobilisations féminines sont souvent reçues comme des nouveautés, alors qu’elles se répètent dans le temps. Ce « déni d’antériorité » est renforcé par leur cantonnement supposé à la vie privée, leur secondarisation dans les récits ouvriers ou médiatiques et un vocabulaire qui les minimise par des diminutifs et des surnoms.

L’émission aborde ensuite le travail reproductif : cuisine, courses, entretien du foyer, soin et éducation des enfants. Indispensable à la reproduction de la force de travail, ce travail demeure largement non rémunéré et peu reconnu. Sa naturalisation contribue aussi à la déqualification des métiers du care, présentés comme le prolongement spontané de compétences féminines. L’analyse articule division sexuée, rapports de classe et division ethno-raciale du travail, tout en évoquant des mobilisations contemporaines et l’histoire des organisations de femmes rurales.

Le dernier mouvement relie travail domestique, subsistance et écologie. Les écoles populaires kanak, le syndicalisme du cadre de vie et la grève féministe permettent de déplacer une conception du militantisme centrée sur le travail salarié masculin. Les échanges examinent ensuite la mécanisation agricole, l’exode rural, les monocultures et le maintien, souvent par des femmes, de gestes de subsistance.

Une méthode d’enquête appelée « ethnocontabilité » est enfin présentée : elle comptabilise les revenus et subventions, mais aussi les économies liées à l’autoproduction, le temps consacré aux tâches et la division genrée du travail. À partir de modes de vie alternatifs, de marchés locaux, de l’hospitalité et de chantiers participatifs, l’émission distingue écologie sociale et survivalisme. Elle se conclut sur la nécessité d’associer différentes compétences et formes d’engagement pour construire des pratiques écologiques, égalitaires et partageables.

  • L’égalité proclamée peut coexister avec l’exclusion politique et symbolique des femmes.
  • Après la Révolution française, la « reconnaissance affirmée » désigne des femmes qui prennent elles-mêmes leurs droits et leur place dans l’espace public.
  • L’avortement met en jeu à la fois la liberté, l’égalité et les conditions matérielles nécessaires à l’exercice d’un droit.
  • « Donner à voir » consiste à produire de l’historicité et à construire des lignées, plutôt qu’à éclairer ponctuellement quelques figures oubliées.
  • Le « déni d’antériorité » fait apparaître chaque mobilisation féminine comme nouvelle, malgré la récurrence historique de ces luttes.
  • Le travail reproductif non rémunéré rend possible le travail salarié, mais demeure largement invisible et dévalorisé.
  • La naturalisation des compétences féminines contribue à la faible reconnaissance des métiers du care.
  • La division sexuée du travail s’articule avec les rapports de classe et la division ethno-raciale des emplois.
  • Désandrocentrer la contestation suppose d’intégrer le travail domestique, la subsistance et les formes informelles d’engagement.
  • L’ethnocomptabilité prend en compte l’argent, l’autoproduction, le temps de travail et sa répartition entre les femmes et les hommes.
  • Les pratiques écologiques collectives sont distinguées des formes individualistes ou survivalistes.
Or, ce qui se passe après la Révolution française, à partir et après, c'est qu'il y a des femmes qui ne vont pas attendre, qui vont se reconnaître elles-mêmes, ce que j'appelle la reconnaissance affirmée.
FRAISSE Geneviève, GALLOT Fanny, PRUVOST Genevieve

Chapitres

  1. 00:00:00 Invisibles et effacées : la question de départ
  2. 00:03:51 Reconnaissance affirmée et démocratie exclusive
  3. 00:05:01 Famille, cité, éducation et stratégies d’émancipation
  4. 00:18:57 Avortement : les conditions de la liberté et de l’égalité
  5. 00:33:32 Donner à voir et construire des lignées
  6. 00:37:08 Mobilisations féminines et déni d’antériorité
  7. 00:48:32 Travail reproductif et métiers du care
  8. 00:54:09 Genre, classe, racisation et femmes rurales
  9. 01:03:00 Écoles populaires kanak et syndicalisme du quotidien
  10. 01:09:21 Désandrocentrer la contestation
  11. 01:20:01 Travail de subsistance, mécanisation et campagnes
  12. 01:37:35 Ethnocomptabilité et alternatives écologiques

Émissions liées