Les libraires, commerçants et/ou garants de la diversité culturelle ?
Librairies indépendantes : entre diversité culturelle et réalité économique
BONNET OULALDJ Nicolas
1 h 37 min 37 s
Les librairies indépendantes sont-elles de simples commerces ou les garantes d’une diversité culturelle menacée ? Cette émission examine les différentes dimensions du métier : parcours et formation, choix éditoriaux, accueil des publics, médiation, équilibre économique et soutien des collectivités. Elle aborde aussi la concentration de l’édition, la concurrence du commerce en ligne, la surproduction et l’autocensure.
Résumé de l'émission
L’émission s’ouvre sur la diversité des chemins qui conduisent au métier de libraire : transmission familiale, passage par l’édition ou reconversion après une carrière dans l’ingénierie et le syndicalisme. Malgré ces trajectoires différentes, une même conception revient : le libraire ne se contente pas de vendre les titres demandés. Il agit comme un passeur, capable de faire découvrir des ouvrages pour lesquels les lecteurs ne seraient pas spontanément entrés.
Cette mission se traduit dans l’identité de chaque librairie. Le nom, la lumière, la circulation dans le magasin, le mobilier, l’accueil et la composition du fonds expriment un projet. Chaises, fauteuils ou espace jeunesse permettent de faire de la librairie un lieu où l’on peut rester, lire et venir en famille. La médiation passe également par les établissements scolaires, l’accueil de classes, les fêtes du livre, les rencontres avec des auteurs et la défense de titres publiés par de petites maisons d’édition.
La seconde partie replace cette ambition culturelle dans une économie fragile. Le modèle coopératif de la SCOP est présenté à travers une librairie d’Ivry, avec ses difficultés initiales de financement et de rémunération. Les échanges soulignent l’importance de l’apport personnel, de la formation et de l’accompagnement des nouveaux libraires. Ils montrent aussi que l’implantation des commerces dépend du territoire, des loyers et du pouvoir d’achat local.
Plusieurs outils publics sont évoqués : droit de préemption, locaux appartenant aux bailleurs sociaux, loyers modérés, subventions à l’investissement, aides à la médiation et dispositifs du Centre régional du livre ou du Centre national du livre. À Paris, ces politiques sont présentées comme un moyen de préserver les commerces culturels et, plus largement, le lien social, l’emploi local et la vie des rues.
L’émission élargit ensuite le débat à l’organisation de la chaîne du livre. La concentration des groupes éditoriaux et médiatiques, la surproduction, les retours et le pilon pèsent sur la capacité de prescription des libraires. La concurrence du commerce en ligne et le temps consacré aux écrans modifient également les habitudes, tandis que les réseaux sociaux et les influenceurs deviennent de nouveaux prescripteurs auprès des jeunes publics.
La loi sur le prix du livre occupe une place centrale dans l’analyse économique. Le prix étant fixé par l’éditeur, les libraires négocient leurs remises selon des critères quantitatifs et qualitatifs. Les protocoles professionnels, l’office, les retours et les marchés publics sont abordés pour montrer la complexité des relations entre éditeurs, libraires et collectivités.
Enfin, le débat porte sur la liberté de choix du libraire. Comment distinguer jugement personnel, conseil adapté au lecteur et autocensure ? Les participants défendent une offre pluraliste, dans laquelle les librairies indépendantes peuvent prendre des risques, faire émerger des livres peu médiatisés et proposer des œuvres inattendues. Leur défense apparaît ainsi comme un enjeu à la fois commercial, culturel, territorial et démocratique.
- Le libraire est présenté comme un passeur qui fait découvrir des livres au-delà de la demande immédiate du public.
- L’identité d’une librairie repose sur son fonds, son aménagement, son accueil et sa relation avec son territoire.
- La médiation prend la forme d’accueils de classes, de rencontres, de partenariats scolaires et de recommandations personnalisées.
- Le métier demeure économiquement fragile, avec des difficultés de financement, de rentabilité et de rémunération.
- Les coopératives, les aides publiques, la préemption et les locaux de bailleurs sociaux constituent différents leviers de soutien.
- La loi sur le prix du livre encadre le marché et place la négociation des remises au cœur des relations entre éditeurs et libraires.
- Le commerce en ligne, la concentration éditoriale, la surproduction et le pilon sont présentés comme des défis structurels.
- L’autocensure et la normalisation de l’offre peuvent entrer en contradiction avec la défense de la diversité éditoriale.
- Les réseaux sociaux concurrencent le temps de lecture mais deviennent aussi des outils de prescription auprès des jeunes.
- Un réseau pluraliste de librairies indépendantes est défendu pour des raisons culturelles, sociales et démocratiques.
Le rôle du libraire, c'est d'être un passeur de livres, de faire connaître des livres pour lesquels les gens ne sont pas forcément rentrés.
Chapitres
- 00:00:00 Pourquoi devenir libraire ?
- 00:07:56 Construire l’identité d’une librairie
- 00:16:11 Accueil, médiation et coups de cœur
- 00:31:45 L’économie fragile du métier
- 00:35:33 Une librairie coopérative à Ivry
- 00:43:46 Politiques publiques et commerces culturels
- 00:52:19 Commerce physique, lien social et relocalisation
- 00:56:00 Concentration, surproduction et pilon
- 01:04:28 Pourquoi défendre un réseau pluraliste
- 01:09:09 La loi Lang et le prix du livre
- 01:22:32 Autocensure et diversité éditoriale
- 01:30:22 Publics, écrans et nouveaux prescripteurs
- 01:33:45 Faire découvrir les livres inattendus
Transcription
Bonsoir. Ce soir, Tambour Battant est consacré aux librairies. Les libraires indépendants sont-ils commerçants et ou garants de la diversité culturelle ? L'extrême diversité de cette profession, c'est une spécificité française, une singularité, et du coup, le tableau est plus polychrome que monochrome. Donc, nous commençons par interroger trois libraires que je remercie d'être avec nous ce soir, Gaël Lasser, Camille Bloch et Éric Benel. La question qu'on va leur poser, c'est comment devient-on libraire ? Pourquoi devient-on libraire et qu'est-ce que c'est que ce métier ? Donc, Gaël, vous étudiez d'abord à la Sorbonne une maîtrise d'histoire, puis à l'Université de Paris VIII avec un DESS, Diplôme troisième cycle dans l'édition. Vous êtes assistante d'édition à la Fondation Cartier pour l'art contemporain, c'est-à-dire que vous suivez des catalogues d'art et d'exposition, qu'elles soient individuelles ou collectives. Et puis, vous devenez éditrice toujours de livres de beaux-arts chez Flammarion et vous décidez d'être libraire et vous ouvrez en mai 2024 les caractères Avenue des Goblins dans le 13e. Camille, Camille Bloch, vous avez fait une prépa scientifique, une classe préparatoire, pardon, vous faites des études d'ingénieur à Polytech Paris, Fuxieux, en sciences de la terre et en hydrosciences. Vous travaillez 12 ans, je crois, en géotechnique, c'est-à-dire l'étude des sols pour les fondations à vos constructions et vous décidez de faire un bilan de compétences. Et grâce à votre compte formation, vous vous posez la question de ce que vous aimeriez faire dans la vie. Et ce que vous aimez, c'est le jazz, la culture, la musique, le cinéma, les livres et vous voilà libraire dans une structure autonome, une librairie coopérative en ville lire à Ivry-sur-Seine dans le 94. Et Éric Benel, vous êtes libraire indépendant aussi au bazar utopique à Bagnolet dans les Hauts-de-Seine. Mais vous avez commencé tout à fait différemment. Votre parcours professionnel, vous étiez fonctionnaire au ministère des Finances, aux impôts, comme quoi, puis à la douane, comme quoi. Et très vite, vous êtes syndiqué et vous devenez permanent du syndicat solidaire douane, secrétaire général. Vous avez été aussi porte-parole de l'Union syndicale solidaire et animateur de la commission santé et conditions de travail. Et à ce titre, vous avez assisté au procès France Télécom qu'a largement défrayé la chronique, mais peut-être qu'on va y revenir parce que vous avez fait quelque chose de très intéressant à ce moment-là. Vous avez invité des gens à venir voir comment ça se passait et ce qu'ils ont fait comme chronique, ce qu'ils ont rédigé comme chronique et devenu un livre, La raison des plus forts, aux éditions de l'Atelier. Mais bon, vous êtes resté donc 12 ans à cet endroit et vous avez entamé ensuite à cet endroit à l'Union syndicale solidaire, vous avez entamé une reconversion pour devenir libraire. Et donc, j'aimerais bien commencer par vous, parce que pourquoi vous êtes comme ça ? Les autres vont réfléchir. Pourquoi vous êtes devenu libraire ? C'est très différent du responsable syndical, il y a le contact avec les gens. Sauf que là, les gens, ils viennent vous voir et ce n'est pas vous qui allez les voir. C'est ça la différence fondamentale. Quand on est représentant syndical, il faut toujours se tourner vers les autres, aller vers les autres avec un tract, avec des propositions d'action, des propositions de manifestation. Et donc, essayer de capter leur écoute et capter là. Alors que là, dans une librairie, l'avantage qu'on a, c'est que les gens rentrent dans la librairie. Mais après, le processus est le même. Il y a des gens qui viennent avec une idée très précise de ce qu'ils veulent comme livre. Mais après, le rôle du libraire, ça ne se limite pas à dire, il est là ou on n'en a plus ou on peut vous le commander. Le rôle du libraire, c'est d'être un passeur de livres, de faire connaître des livres pour lesquels les gens ne sont pas forcément rentrés. Et là, du coup, on est dans le même rôle. Et que vous aimez ? Oui, vaut mieux. Vaut mieux aimer ce rôle-là quand on est libraire. Et un autre fait peut-être analogue entre le métier de syndicaliste et libraire, c'est qu'on ne gagne pas une fortune. Non, mais est-ce que ce serait l'objectif ? Des militants syndicaux qui pourraient faire fortune, ça semblerait un petit peu compliqué de réfléchir. Et être libraire, on ne souhaite pas forcément être pauvre, mais après, on est dans un contexte économique dans lequel c'est un des commerces sur lesquels la rentabilité est la plus faible et la plus difficile. Et donc forcément, c'est un métier, si on n'a pas la passion de l'exercer, c'est un métier qui semble, pour ma part, impossible à faire. Donc en fait, là, vous êtes militant dans la librairie. Oui, quand j'ai commencé ma reconversion, j'avais plein de camarades qui me posaient la question, est-ce que tu vas ouvrir une librairie militante ? Comme si ça pouvait être un modèle de librairie militante, alors je ne sais pas comment ils entendaient ça, mais j'ai dit une librairie est forcément militante. Une librairie, c'est un libraire qui milite pour faire connaître des livres, pour faire connaître son fonds, parce que d'une librairie à l'autre, heureusement, on ne trouve pas toujours les mêmes livres, on ne trouve pas toujours les mêmes propositions, on ne trouve pas les mêmes coups de cœur, on ne trouve pas les mêmes libraires. Donc on est au quotidien des militants. Et d'ailleurs, ça renvoie à la question d'avant sur le fait de faire fortune ou pas. Si on n'était pas militant du livre et des livres, ce n'est pas un métier qu'il est envisageable de faire. Gaël ou Camille, comme vous voulez. Gaël, allez. Alors, le choix. Moi, la librairie, c'est une histoire de transmission, parce que ma mère était libraire. Elle était libraire au Muséum d'histoire naturelle. Donc moi, j'ai grandi au Jardin des Plantes, on peut le dire, au milieu des livres et auprès d'auteurs très fameux comme Théodore Monod, par exemple, que je voyais passer souvent. J'aime bien le citer. Quelle chance ! Ouais, vraiment. Et puis, les hasards de la vie ont fait que mes études et puis mes stages m'ont plutôt dirigé vers l'édition. Puis ensuite, tout s'est très vite enchaîné et j'ai adoré ça pendant longtemps. J'ai passé plus de 20 ans dans l'édition, dans le milieu du beau livre, qui est un rayon très compliqué, on le sait, en librairie. Et puis, au bout d'un temps, j'ai… C'est compliqué parce que c'est cher ou c'est compliqué ? Parce que les livres sont chers, parce que leurs ventes chaque année… Rétrecissent. Ouais, en tout cas, sont de plus en plus tard. Ça se passe toujours deux, trois jours avant Noël, donc c'est compliqué et que les grandes maisons ont du mal à suivre d'un point de vue production, quoi. Donc, moi, j'ai eu envie aussi d'être ma propre patronne. Ça, c'était une motivation très forte. Et puis, j'ai eu la chance de rencontrer Émilie, quand nous étions chez Flammarion, et avec cette même envie, en fait, de travailler dans la librairie. Alors au départ, on voulait reprendre une librairie.
Ça ne s'est pas fait, c'était au moment du Covid, enfin, tout a été très compliqué à monter. Bon, on a été sur différentes entreprises, puis ça ne s'est pas fait. Puis au bout d'un moment, on se sentait plus aguerris, donc on s'est dit, bah pourquoi pas créer, après tout. On se lance. On se lance et on a eu une chance folle, c'est-à-dire que la FNAC a fermé dans le centre Italie 2. Oui. Et on a concentré nos recherches de locaux à ce moment-là autour de la place d'Italie, ce qui n'était pas une mince affaire. Et on a trouvé un très beau local. Et notre projet, donc, a mis du temps à se former, à se développer, mais ce temps a permis justement de constituer un fonds qui est à notre image, avec des livres qu'on aime, qu'on fait vendre, qu'on a envie de soutenir. Et pour l'instant, ça marche très bien. Et ça marche très bien. Le démarrage est… Ouais, on a très bien démarré. C'est formidable. On remplit aussi vraiment un vide. Oui. Autour de la place. Nos voisins sont très clients. Il faut trouver un remboursaire plutôt, on va aller plus bas. On est vraiment entre les Traversées et Jeunesse, pile-poil au milieu. C'est pas une émission exclusivement parisienne, contrairement à ce qu'on pourrait croire, mais c'est vrai que pour l'instant, on a choisi des libraires indépendants plutôt région parisienne. Alors Camille, vous, c'est tout à fait différent. Oui. Moi, c'est une reconversion suite à un petit moment dur et puis deux ans de réflexion qui m'ont mené à ça. Après… Comment le bilan de compétences vous mène vers le livre ? Je ne suis pas tout à fait très sûr de comprendre. Le bilan de compétences, c'est un truc très psychologique. Donc on réfléchit sur ce qu'on est déjà. Donc les parents, même parfois les grands-parents, sur ce qu'on a fait étant petit, puis après les études et puis nos compétences au travail, parce qu'on ne part pas de rien dans mon ancien travail, en tout cas. Et puis après, on apprend à comprendre pas mal de choses, en fait, que moi, en tout cas, pour ma part, je n'avais pas forcément conscientisé sur le coup. Donc quand on est jeune, quand on est étudiant, en tout cas, ou lycéen, on a des bons résultats. Moi, à l'époque, je ne réfléchissais pas beaucoup. On vous pousse dans la carrière scientifique… Oui, c'est ça. On nous pousse là-dedans. Et puis, alors, ça m'a beaucoup plu ce que j'ai fait comme métier. Mais après, c'est vrai que finalement, en y repensant, dès le départ, très tôt, si j'avais réfléchi un peu plus, je me serais peut-être tourné vers autre chose, sans regret, mais vers autre chose à ce moment-là. Moi, je baignais beaucoup de par mes parents, mes grands-parents dans les livres aussi. Le jazz ? Oui, tout ça, oui, oui, oui. Mes parents, c'est des très très gros lecteurs. Mon père, sans être un bibliophile, avait vraiment beaucoup beaucoup beaucoup de livres. Et donc, après, en tâtonnant, je me suis vite rendu compte qu'il me fallait, en faisant ce fameux bilan, que pour être bien, en fait, pour être heureux et faire ce que j'avais envie de faire, il me fallait de la culture et puis de l'humain, surtout. Et alors, vous avez fait ça, vous aviez quel âge ? Le bilan de compétences ? Oui. Non, non, la décision de devenir libraire. C'était l'année dernière. Oui, non, non, parce que je crois que la formation qui a été proposée, du coup, était beaucoup plus courte. Oui, alors oui, oui, oui. Après, il y avait deux… Enfin, moi, j'avais deux pistes. Il y a le BUT à Saint-Cloud, mais donc pour… Moi qui suis quadraenaire, c'était… Enfin, il fallait s'engager pour un an. Et pour le coup, c'était plus large. C'était sur tous les métiers de l'édition, des bibliothèques et librairies. Et puis, il y a la formation très très courte, quand on a plus de 30 ans. On n'a plus l'âge de faire un BP, un brevet professionnel. Donc l'école de la librairie propose une très très courte formation de deux ou trois semaines en fonction de si on veut devenir simple libraire ou monter ou reprendre sa librairie. Voilà. Et je me suis dit, il faut être pragmatique. Et puis, je me suis lancé. Et puis, après, c'était un alignement de planètes parce que je travaille maintenant dans ma librairie de cœur qui s'est montée quand j'avais 17 ans. Donc je suis le fondateur et les libraires qui y travaillent. En plus, c'est une coopérative ouvrière. C'est une scope. Je les connaissais très bien. Et puis, il s'est trouvé qu'il y avait de la place à ce moment-là. Donc c'était vraiment un vrai alignement de planètes. Bravo. Et alors, du coup, une question pour Gal et Éric. Comment est-ce qu'on donne une identité à sa librairie ? Par le titre qu'on choisit ? Par… Comment ça se passe ? Oui, c'est un ensemble de choses. Vous, ça s'appelle Les Caractères. Ça s'appelle Les Caractères, mais parce qu'au départ, on avait repéré un local Rulido. Rulido était imprimeur et typographe. Oui, d'accord. Donc les Caractères, ça nous paraissait approprié. Puis les Caractères, évidemment, c'est aussi la brouillère. Et puis, c'est nos caractères. C'est-à-dire que, comme vous dites, nous, on veut incarner cette librairie. Donc c'est par ce titre, c'est par l'ambiance qu'on donne au lieu. C'est-à-dire que là, comme c'était une création, c'était plus facile, évidemment, de faire ce qu'on voulait. Donc il était important pour nous de bien travailler la lumière, les déambulations, etc. Que ce soit un endroit où les gens aient envie de rentrer, de rester, de revenir. Oui, c'est très blanc, très clair. Oui, voilà. Donc on a beaucoup travaillé sur cette ambiance. Et ensuite, c'est, en effet, sur le choix des livres, sur l'accueil du client. Ça, je pense que c'est absolument primordial. C'est-à-dire qu'à la librairie, c'est aussi un commerce. Donc voilà, il faut que les gens soient bien accueillis. Donc ça passe par ça. Et ensuite, c'est cette passion du livre qu'on essaye de communiquer. Voilà. Pour nous, c'est ça l'identité. Et Éric Benel, vous, c'est le bazar utopique. Oui, c'est dur de trouver le nom d'une librairie. Avec Amandine, mon associé compagne, on a mis beaucoup de temps avant de trouver le bon nom. On a testé tout un tas de choses. On cherchait… Nous, l'idée, c'était une création d'une librairie dans une ville de banlieue populaire où il n'y avait pas de librairie. Et le nom devait refléter cette idée-là. C'est-à-dire que nous, dès le départ, l'idée, c'était de s'adresser évidemment à celles et ceux qui aiment déjà le livre en rapportant un lieu de proximité dans lequel ils pouvaient le trouver. Mais aussi que ce lieu n'apparaisse pas comme un lieu dans lequel on n'a pas le droit d'entrer quand on est éloigné du livre. Qui fait peur. Qui fait peur. Donc il fallait trouver un nom qui ne soit pas un nom comme parfois, je ne sais pas, une référence de livre. Ce n'est pas la recherche du top perdu. Voilà. Ce n'est pas l'éclat des jours. Donc il fallait trouver un nom qui soit assez ouvert, accessible. Et donc on l'a trouvé avec quelques pastis sur une terrasse à Marseille. On a fini par trouver le bon nom et c'est devenu le bazar utopique. Le bazar, parce que voilà, quoi de plus ouvert comme bazar ? Quel autre endroit où trouver à peu près tout ? Oui, au bazar, quand j'étais petite, c'était les marchands de couleurs. Il y a des marchands de couleurs. Il y avait un peu les drogueries. Enfin voilà, c'est un endroit un peu hétéroclite. Et nous, on cherche à avoir un choix très large. On a des choses entre guillemets pointues en sciences humaines, en littérature jeunesse ou en littérature tout court. Mais on a aussi des livres, je ne sais pas comment les qualifier, mais des livres que tout le monde a envie de lire. Et donc on essaye vraiment d'avoir un choix. Les sorties de la rentrée littéraire, les prix. Oui, ou pas forcément les sorties de la rentrée littéraire. Ou les polars. Les polars, enfin voilà. On essaye vraiment d'avoir…
Avoir un choix le plus large possible. La BD, les mangas. Évidemment, pour que les gens se sentent… Notre idée, c'est que les gens se sentent dans cette librairie chez eux. Que ce soit un lieu dans lequel il y a un accueil chaleureux, dans lequel ils se sentent à l'aise. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a une cabane dans le coin jeunesse dans lequel on peut s'installer et puis lire, soit les enfants peuvent lire tout seuls, soit ils peuvent lire avec les parents. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. On a disposé des chaises, des fauteuils. 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Amandine est allée présenter à la classe le métier de libraire pendant une heure et puis la classe est après venue dans la librairie et la région Île-de-France leur donne à chaque élève un bon d'achat de 20 euros de livre. Ce qui est autre chose que le pass culture. Tout à fait autre chose. Il marche en fait qu'à partir du lycée, le pass culture. Au tout début du lycée maintenant. Oui, c'est ça. Mais au collège non. Au collège non. Et donc là ils ont pu, chaque élève de cette classe a pu avoir la possibilité d'acheter 20 euros de livres, c'est quand même une belle expérience. Et puis en tout cas nous on était ravis. Après on a aussi des échanges avec d'autres établissements scolaires où on allait présenter le métier de libraire. On est allé aussi tenir des tables pour des fêtes du livre dans certaines écoles. On travaille avec, là on vient d'avoir une commande d'un lycée d'Oslo. Voilà, parce qu'il y a une enseignante qui travaillait et vivait sur le banlieue qui est partie travailler au lycée d'Oslo et elle dit ah bah tiens, je connais une très bonne librairie, on peut leur commander des livres. Et c'est une grande fierté de pouvoir les faire connaître et là pour le coup, moi qui suis comme vous en reconversion, j'imaginais pas qu'on pouvait à ce point-là être prescripteur. J'imaginais pas que par le simple fait de parler de certains livres, on pouvait aussi largement les faire aimer et les faire connaître. Pour moi, je… Bah c'est la passion. Je sais pas si c'est la passion, mais en tout cas, c'est quelque chose qui est extrêmement émouvant. Et là, un truc extrêmement… C'est quand les gens reviennent et vous disent ah j'ai adoré. Voilà, et puis du coup, vous redemande d'autres livres que vous avez aimés, etc. Et ça, quand on a ouvert par exemple, il y a un livre magnifique de Dominique Scali aux éditions La Peupleade qui s'appelle Les Marins ne savent pas nager. Oui. Qu'on avait lu avec Amandine un mois avant notre ouverture et qu'on avait tous les deux adoré. Et ça a été notre best-seller sur l'ouverture de la librairie plus que d'autres titres très connus comme Amélie Nothomb, etc. Qu'il n'y a pas besoin qu'on parle de son livre, il se vend tout seul. Mais c'est une grande fierté qu'un livre dont on entendait très peu parler d'une toute petite maison d'édition, etc. qu'on puisse comme ça le transmettre, le faire passer. Et tout de suite, on ne se sentait pas légitime forcément à être libraire quand on devient libraire après avoir fait d'autres choses. Moi, je me sens encore en apprentissage de ce métier. Mais du coup… Apprentissage au temps jamais vu. Oui, mais d'avoir ce retour d'électrices et d'lecteurs de notre librairie dès le début, du coup, c'est un énorme cadeau. Un énorme cadeau comme là, hier, il nous est arrivé un truc formidable. On a présenté, je disais tout à l'heure, nos coups de cœur de la rentrée littéraire et Amandine a beaucoup aimé un livre d'une autrice québécoise dont je ne me rappelle plus le nom mais qui avait dit au Tripode un très beau livre. Audrey Vilhelmi, Peau de sang. Voilà, Peau de sang. Ça a fait un de mes coups de cœur aussi. Elle est venue à la librairie. Quel bonheur. Et hier, elle nous a envoyé une petite carte pour nous remercier de porter… Et alors, ça parle de quoi ? C'est l'histoire d'une femme dans une ville qu'on ne sait pas trop où elle se trouve. On ne sait pas trop à quelle époque. Ça n'en a pas un conte aussi. C'est ça qui est très beau dans ce livre. Et c'est une femme qui est au centre de cette petite ville et qui est brodeuse. Elle est plumeuse d'oies, mais elle est aussi prostituée à ses heures. Elle éduque les jeunes filles. Et c'est autour de son magasin que vont se concentrer tous les désirs, toute la vie du village. C'est une écriture absolument incroyable. C'est juste magnifique. On se laisse complètement emporter. Et le livre à l'image de l'autrice. J'étais tellement contente de la rencontrer. Elle est extraordinaire. Donc c'est, redisons-le, Peau de sang d'Audrey Vilhelmi au Tripode. D'accord. Voilà, c'est donc une autrice québécoise. Il faut absolument le lire. Le livre est très beau en plus. Parce qu'il y a sur la couverture une peinture de Marina Ho. Et moi aussi, c'est un de mes grands coups de cœur de la rentrée. Et Camille, vous voulez ajouter coup de cœur récent, émotion de quelqu'un qui revient ? Parce qu'en fait, il y a beaucoup d'émotions. Moi, j'ai eu un gros coup de cœur l'année dernière sur une autrice qui était venue à Ivry, à la médiathèque d'Ivry. Donc on était là aussi, c'est elle Louise. Mais c'est une autrice de polar dont le dernier s'appelle Petite salle. Et c'est vraiment… C'est un roman où elle nous plonge dans des grandes exploitations du nord il y a quelques dizaines d'années où il cultive de la betterave. Et on a vraiment la boue qui nous colle aux bottes quand on le lit. On a froid. Et c'est vraiment un truc de domination de classe et de genre. Et elle est très très forte dans tout ce qu'elle écrit. Et donc après, j'ai lu tous ses précédents romans. Il y a toujours ce truc-là chez elle. Elle est catégorisée en thriller. Mais c'est beaucoup plus fort que ça. Et c'est extrêmement bien. Grande, grande autrice, je trouve. Donc en fait, c'est un lieu d'émotion. On a compris que c'était un lieu de transmission. Mais vous avez un retour, donc vous êtes heureux. Oui. Donc on peut dire que vous êtes commerçant, passeur de culture et heureux. C'est ça. Merci beaucoup. Merci. Bonsoir. Donc pour cette deuxième séquence de Tambour Battant sur les librairies indépendantes, on va se poser la question du métier. Est-ce qu'il est forcément solide ?
Sinon, avec l'aide de qui ? Donc ça va prendre un aspect un peu plus économique que la première partie. Et pour ce faire, nous accueillons Raoul Mora et Nicolas Bonnet. Bonsoir. Alors Raoul, entre 17 et 28 ans, vous enchaînez des quantités de petits boulots alimentaires, déménageurs, animateurs, employés d'assurance, intérimaires sur aéroports, etc. Vous voyagez et vous découvrez les métiers du livre en faisant un stage aux éditions du temps des cerises. Et après plus d'un an de travaux divers, vous avez le projet de créer une librairie qui va s'appeler Envie de lire. À l'époque, il n'y a aucun accompagnement financier ou institutionnel d'aucune sorte, mais l'OPH, l'Office public d'HLM d'Ivry, accepte de louer un local qui était à l'abandon depuis plusieurs années et ça devient une librairie Scope, mais on va en reparler tout à l'heure. En fait, vous avez quitté la librairie, mais vous êtes resté coopérateur aujourd'hui et vous avez créé en 2017, je crois, les éditions Otium, Otium, destinées majoritairement d'ailleurs par la Scope Envie de lire. Et il y a déjà 15 titres parus avec une belle reconnaissance critique, mais évidemment, je pense, une assez grande fragilité financière. On y reviendra. Et Nicolas Bonnet-Woolage, vous êtes maire adjoint au commerce culturel à Paris. Je vous remercie beaucoup d'avoir pris un tout petit peu de temps entre deux remises de prix ou je ne sais quelle réunion. C'était le prix du goût d'entreprendre. Le prix du goût d'entreprendre. On est en plein dans le sujet. La semaine du goût, avec des pâtissiers, des boulangers, des bouchers, etc. D'accord. Il n'y a pas de libraires. D'accord. J'espère en prochain. D'accord. Très bien. En tout cas, merci de nous consacrer ce moment. Vous avez grandi en Dordogne, dans un petit hameau, enfin, dans un hameau isolé, dans une classe unique. Votre père était ouvrier et puis après sur les ossimants, il a ouvert un magasin de vélos. Je sais que vous êtes très grand sportif, un fou de vélo. Licencié à Ivry. Licencié à Ivry. Bon. Votre mère est secrétaire à la direction départementale de l'agriculture et vos grands-parents étaient facteurs aux cheminots, résistants du côté de votre mère dans le Massif central Limousin, célèbre par ses hauts faits militants. Alors avant la ville de Paris, vous travaillez au service de sport de Noisy-le-Sec, puis à Bagnolet, puis au ministère des sports du temps de Marie-Georges Buffet et puis à la région Île-de-France aussi. Vous avez étudié à Bordeaux, à la fois en sociologie du sport et en herboristerie, c'est comme ça qu'on dit ? L'école des plantes de Paris. L'école des plantes, d'accord. Et d'ailleurs, vous avez largement contribué, si je me souviens bien, au plan local d'urbanisme bioclimatique de la capitale. Qui sera voté normalement le mois prochain. On croise les doigts. Voilà. Bon. Et puis vous êtes également, donc on l'a dit, un sacré sportif et d'ailleurs, je crois que vous avez travaillé sur la comparaison entre la professionnalisation du rugby en France et en Afrique du Sud dans un essai universitaire il y a quelques années. Vous avez publié Libère le sport aux éditions de l'Atelier en 2015 et dans un autre registre Fabriqué à Paris en 2019, toujours aux éditions de l'Atelier, suite à une mission d'information et d'évaluation des élus de la ville de Paris. Alors, moi, je commencerai volontiers par Raoul Mora. Une librairie coopérative installée au pied de logements populaires, très populaires, à Ivry dans le 94. 20 années de boulot, de labeur, 25, d'obstination pour arriver à ancrer une librairie. C'est une coopérative ouvrière au pied de logements sociaux. Et l'idée, c'était de rendre le livre accessible au plus grand nombre et de faire vivre aussi la ville où c'était. Vous dites que c'est beaucoup plus qu'une aventure, c'est un défi. Il fallait quand même un peu… Moi, c'était un défi il y a 25 ans, mais je pense que si c'était à refaire aujourd'hui, ce serait quasiment tout autant parce qu'en réalité, il y a 25 ans, il y avait très très peu de dispositifs d'accompagnement public. La seule structure qui existait, c'est une structure qui est pérenne, qui existe encore, qui s'appelle l'ADEC, qui est une association de soutien à la librairie de création. Et malheureusement, comme je pense que malheureusement, c'est encore le cas aujourd'hui dans la plupart des situations, c'est-à-dire que la librairie, il y a 25 ans, comme je pense malheureusement encore beaucoup aujourd'hui, la librairie, ça reste un commerce qui peut rentable. Oui, mais surtout dans la représentation commune, c'est un commerce à forme d'ailleurs, je vous dis, c'est-à-dire qu'un spectacle à fantasme autour du métier. Et ce qu'on produisait, c'est qu'il y a 25 ans, l'ADL qui accompagnait et soutenait des projets qui étaient extrêmement bien ficelés sur le plan financier, bancaire, avec des profils de souvent de reconversion ou de gens qui quittaient un emploi de libraire salarié pour s'engager sur un projet de création, mais qui cochait toutes les cases. Ce n'était pas mon cas et je pense que c'est encore une question aujourd'hui pour un certain nombre de jeunes hommes, jeunes femmes qui aimeraient s'engager dans la création d'un projet de librairie, mais qui malheureusement n'ont pas le pédigré, ne cochent pas les bonnes cases en termes de parcours scolaire, universitaire, de capital social. Alors pourquoi une coopérative ? Et puis disponibilité, ce n'est pas sans lien. C'est-à-dire qu'il y a 25 ans, c'était problématique. Pourquoi une coopérative ? Parce que je ne m'imagine pas moi être dans une position où ça peut paraître un peu d'exporter de la plus-value à un camarade de travail, à une compagne de boulot. Je n'ai jamais aspiré au patronat. Oui, c'est resté une coopérative. Donc dès que la question s'est posée d'être plus d'un, c'est-à-dire d'être deux, de bosser, très vite, on s'est engagé dans une démarche où on a basculé sur le format de scope. Dès la création, d'ailleurs, on a été deux, pas les deux premières années, mais on a essayé de fonctionner sur la base des ordonnances de 1947, du mouvement coopératif, ce qui n'était pas à ce moment-là. La Fédération des scopes considérait que comme on n'était pas en capacité de dégager l'équivalent de deux SMIC à temps plein, ils ne pouvaient pas nous accréditer auprès du ministère du Travail. Combien il a fallu de temps pour avoir le premier SMIC ? Deux, trois ans ? Deux ans et demi. Deux ans et demi avant de dégager… Mais parce qu'on partait aussi… Mais c'est un peu ce qu'on disait, c'est-à-dire qu'il existait, et à mon avis aujourd'hui il en existe davantage, de dispositifs d'accompagnement. Mais c'est un peu comme souvent les dispositifs publics ou parapublics, c'est-à-dire qu'il pleut toujours où c'est mouillé. C'est-à-dire qu'en réalité, si on a autant marné pour arriver à dégager une rétribution pour notre travail, c'est parce qu'on partait avec très très peu de moyens, une situation de handicap, parce qu'on ne coche pas les bonnes cases, j'ai eu l'occasion de le dire à l'info, mais… Et donc résultat des courses, on a été vraiment absolument pas accompagné. C'est-à-dire qu'il a fallu des années. Je crois que l'ADL qui s'est décidée à nous dégager un prêt d'honneur, qui en plus était un prêt d'honneur qui m'engageait moi personnellement, qui n'était pas lié à la structure, je crois que c'était en 2004 ou en 2005. Alors qu'on avait déjà franchi… On avait franchi des…
Le fameux cap des trois ans, on était au-delà du cap des cinq ans, et on commençait à créer un espace qui était un lieu de stabilisation autour de l'écrit, qui jouissait d'une petite reconnaissance locale, mais y compris en dehors des frontières de la commune. Donc la question, et j'insiste, était celle-là, mais je pense que ça n'a pas beaucoup changé. Non, il y a une étude, je crois que c'est de juin 2024, qui explique comment se créent les librairies indépendantes aujourd'hui, et 97,2% ont recours à de l'apport personnel. Donc c'est, comme vous le dites, ça n'a pas du tout… Enfin, ça n'a pas beaucoup changé. Et ils ont souvent des statuts individuels d'entreprise, enfin bref. Mais c'est vrai que les principales difficultés, c'est la rentabilité, la rémunération. Alors, l'émission là, elle est particulièrement parisienne. C'est vrai qu'en province, hors Paris ou région parisienne, vous avez souvent, par exemple, les bibliothèques qui peuvent acheter les livres parce qu'elles ont une personnalité juridique, ou les collectivités ou les syndicats de communes qui peuvent verser aux libraires. Bon, à Paris, ce n'est pas comme ça du tout, on va en reparler dans deux secondes. Mais c'est vrai que c'est assez difficile, en fait. Il faut être très déterminé quand on veut créer une librairie indépendante aujourd'hui. Si vous permettez, il faut être très déterminé, puis il y a un aspect sous-rural. À mes yeux, sous-évalué, c'est qu'en réalité, si vous plantez des petits drapeaux sur le territoire de France, là où des librairies se créent aujourd'hui, mais de manière massive, et ça n'a pas beaucoup bougé, encore une fois, même s'il y a eu des expériences courageuses, vous avez invité en première séquence les créateurs d'une librairie à Manu, Éric Bénin, voilà, Éric Bénin, qui a ce projet très courageux dans une ville comme Manu, mais globalement, si vous plantez des petits drapeaux, c'est la géographie des populations solvables. C'est-à-dire qu'en réalité… Mais il y a des endroits en milieu rural quand même. Oui, peut-être, mais c'est souvent un pis-aller. C'est-à-dire que si on commence à regarder les créations en milieu rural d'abord, elles ne sont pas toujours très pérennes sur la durée. Et puis souvent, c'est des coups où il y a au moins un retraité de la fonction publique ou de l'enseignement, ou parfois c'est lié à des structures associatives qui viennent rendre un point, qui permettent à celui-là de bénéficier dans la durée. C'est-à-dire que la problématique en milieu rural, plus c'est des ruralités, il y en a de toutes sortes, des ruralités aujourd'hui qui ont des soldes migratoires positifs, très opulentes, et puis d'autres qui sont dans un état sinistre. Moi, pour ce que je connais, c'est-à-dire les grosses agglomérations et en particulier la région parisienne, ce qui se vérifie, c'est-à-dire, mais je pense que ça se vérifie, je connais moins la situation de Paris et les dispositifs qui existent, on va y venir, on va y revenir. C'est vraiment la géographie des populations solvables. Et ça pose une question qui est en réalité la seule qui vaille, à mes yeux, je suis vraiment là-dessus, c'est qu'en réalité, quand on fait ce métier, on peut aimer la lecture, on ne devient pas libraire, on peut être un lecteur invétéré, on ne devient pas libraire. Pour autant, la vraie question, c'est quel sens on donne à ce métier. Moi, je crois que le sens, c'est que la librairie, c'est un dispositif de médiation d'un type que les bibliothèques publiques… De transmission, oui. Oui, oui, de médiation autour des livres et de socialisation autour de l'écrit. C'est la vraie question. Et si on est d'accord là-dessus, ça implique à ce que ce commerce, parce que c'est aussi un commerce, puisse échapper à certains mécanismes, qui sont des mécanismes du marché, de la financiarisation de l'économie, des finances, des projets entrepreneuriaux. Alors, à Paris, vous avez, je crois qu'en février 2024, fait adopter une délibération intitulée « Création d'un titre expérimental d'un périmètre de sauvegarde des commerces culturels » et vous avez mis en œuvre un droit de préemption des fonds de commerce sur certains secteurs, ce qui est assez courageux. Pourquoi vous avez fait ça, en fait ? Parce que vous êtes à l'origine de la délibération. Oui, c'est l'une des premières délibérations, parce que je suis adjoint depuis un an. Et donc, c'est l'une des premières délibérations. Il y a deux délibérations que j'ai portées sur la question des trois, parce qu'il y avait Violette Henco aussi qu'on a créée, que j'ai inaugurée, mais trois délibérations. Une sur la possibilité de présenter le fonds de commerce, une sur l'accompagnement de travaux de mise aux normes de sécurité ou d'accès aux investissements pour les personnes en situation de handicap, et puis des subventions associatives, par exemple à Paris Libraire, qui est un dispositif… Un regroupement professionnel. Ou par exemple avec la direction des affaires culturelles, on subventionne Violette Henco ou d'autres sur, justement, ce que vous appelez la médiation, mais qui est l'animation, en fait, après. Et quand il y a un support associatif, on peut subventionner. Pour revenir au fonds de commerce, c'est très important. Je vais vous expliquer pourquoi. On s'est rendu compte que dans le quartier Saint-Germain, Saint-Michel, qui était quand même un lieu très concentré de librairies, librairies anciennes, librairies spécialisées par rapport à des universités, par rapport à des sujets très précis, et on se rend compte que ces librairies ferment les unes après les autres, mais dernièrement, on a une lutte, parce que c'est un secteur où il y a quand même beaucoup de luttes. C'est un domaine culturel et les gens s'engagent et défendent les librairies comme les théâtres, comme les cinémas. Et donc, dans le sixième arrondissement, L'Écume des pages est une librairie qui est rachetée par Vivendi et Bolloré et va fermer, alors que L'Écume des pages était une librairie indépendante très reconnue, avec un fonds assez intéressant. Et on se rend compte que des grands groupes, vous avez expliqué le problème du cannibalisme d'une logique capitaliste, ce que fait Bolloré avec Hachette, avec… Rachète le fonds de commerce. Et rachète, rentre dans les capitaux, rachète les parts et c'est comme ça qu'on n'a pas pu avoir le fonds de commerce. Et on est saisis par plusieurs libraires qui nous disent « écoutez, nous, on a des fonds de commerce rares, spécifiques, et on les perd et ils disparaissent. » Et c'est toute une matière qui disparaît. Et donc, la loi nous permet de faire ça, et donc j'ai décidé d'avoir la possibilité de préempter ce que j'ai déjà, les murs, donc on peut préempter, on va y revenir, Vital Quartier, ce qui a préservé beaucoup de librairies à Paris. Et maintenant, la possibilité de préempter aussi les fonds. C'est important parce qu'aujourd'hui, dans ce quartier, on est aussi confrontés à une évolution. Vous savez, il y a Gilbert Joseph, Gilbert Jeune, et qui crée un peu une dynamique commerciale autour. Et il s'effondre aussi. On avait aussi des grands groupes comme La Fnac. La Fnac a fermé beaucoup. Et donc, si nous, on n'est pas offensif sur les librairies indépendantes, sur le petit commerce de proximité, c'est tout un secteur qui s'effondre. Donc, notre stratégie, c'est de se dire « il faut qu'on injecte de l'argent public pour essayer d'aider, d'une part, par les beaux commerciaux, à des loyers modérés, les libraires, et aussi, quand on peut, préserver les fonds de commerce. » Alors, sur le résultat, il est quand même remarquable parce qu'on a eu, d'abord, sur la possibilité de préempter les murs, on a réussi à installer plus de 50 libraires à Paris, ce qui est énorme. 90 entreprises culturelles, ce qui relève du co-libre, parce qu'on a aussi des disquaires, des antiquaires, par exemple les vinyles, aujourd'hui, c'est aussi quelque chose qui est en train de disparaître. Donc, ça aussi, on essaie de préserver. Et on met aujourd'hui, on a eu une enquête qui est sortie, on est la première métropole en France au nombre de libraires par habitant. Donc, quand on rapporte le nombre de libraires par habitant, Paris est la première métropole et on est la quatrième ville de France.
Et les villes qui sont dans les 1, 2, 3, c'est des villes qui sont sur la Côte d'Azur et vous avez évoqué le pouvoir d'achat, c'est quand même lié aussi au pouvoir d'achat. Donc ça montre quand il y a une politique publique qui accompagne sur la question du loyer, la question d'être propriétaire des baux et sur la question du fonds de commerce plus l'animation, parce que ce qu'on attend d'une librairie, vous l'avez évoqué, c'est aussi le contact, c'est l'animation, c'est la possibilité d'orienter les lecteurs, la possibilité de fidéliser par rapport à des cadeaux, le fait que la personne revienne, etc. Et ça, c'est très important. Et donc, ça aussi, la direction des affaires culturelles l'accompagne dans notre plan lecture, parce qu'on a un plan lecture à Paris qui s'appuie bien sûr d'abord sur nos médiathèques, mais qui inclut aussi les libraires. Et donc, on a aussi une politique de subvention et d'animation. On a des festivals, je prends un exemple, c'est moi qui l'ai aidé quand il est venu, il était à Saint-Tropez, le festival de la bande dessinée Formula Bula, qui était viré par le maire de Saint-Tropez, qui était passé à droite, et ils sont venus nous voir à Paris. On les a aidés et on a installé ce festival Formula Bula. Mais Formula Bula, dans son festival, il fait le lien avec des libraires spécialisés dans la bande dessinée. Donc, c'est tout ce réseau qui se crée et qui fait que ça fidélise une clientèle et que ça anime et que ça amène des Parisiens vers les librairies. Alors, il y a aussi autre chose qui se passe à Paris, c'est qu'en fait, les bailleurs sociaux, Paris Habitat, RIVP, Logiciel, etc., peuvent laisser des pas de porte en rez-de-chaussée d'immeubles pour des commerces. Mais ce qui m'a été dit par des amis qui habitent dans des quartiers hyper populaires, Place des Fêtes, c'est que quelquefois, le choix du commerce avec le pas de porte n'est pas totalement adapté aux habitudes des habitants des quartiers vraiment en difficulté. Vous allez juste à côté, ici, rue de Charenton, on a une librairie indépendante qui dépend d'ailleurs social. Et ça fonctionne, et ça fonctionne. Et après, il y a la question aussi, j'évoquais le fond, mais le fond est très important parce que ce qui marche aussi, c'est des commerces par destination et quand on a un fond spécialisé et une ligne éditoriale, évidemment, ça fait venir des personnes dans le quartier. Ce n'est pas forcément qu'au quartier. Donc ça, c'est important. Ce que je voulais dire, c'est que sur les bailleurs sociaux, nous avons aujourd'hui 7 000 commerces pieds d'immeubles, 7 000 qui appartiennent, il y a 60 000 commerces à Paris. Je dis 60 000, il y en a 7 000 qui appartiennent à la ville de Paris par nos bailleurs. Dans ces 7 000, il y a ce qu'on appelle un GU Paris Commerce où il y a une commission d'attribution qui passe aussi par moi et on donne une orientation. Et évidemment, les librairies sont une des priorités de la ville de Paris. Et donc, les libraires peuvent taper à la porte de Paris Commerce et évidemment, pour nous, c'est une priorité. Et c'est des loyers qui sont moins chers que dans le privé. Il dit que peut-être un jour, vous vous mettez à essayer d'aider les cinémas. J'aimerais bien. On a eu le problème avec le cinéma de La Clef, par exemple, dans le 5e. Et moi, j'aurais voulu intervenir là-dessus. Après, on y va étape par étape. Comme je vous dis, ça ne fait qu'un an que je suis adjoint au commerce. Donc déjà, en un an, j'ai réussi à porter cette idée de préempter le fonds de commerce. On a inauguré déjà plusieurs librairies depuis que je suis adjoint et on continue. J'ai fait voter ces subventions sur l'aide à l'investissement pour les pas de porte. Donc oui, bientôt les cinémas, j'espère. Et vous avez contribué, écrit, fabriqué à Paris. Et donc, sur la relocalisation, en fait. Il y a eu un vœu récent de l'exécutif pour la protection des commerces emblématiques. On m'a parlé d'une mercerie. Ultramode. Ultramode. Alors ça, c'est… D'abord, vous dire que le premier problème auquel on est confronté aujourd'hui, et ça concerne vraiment les libraires, c'est le commerce en ligne. C'est Amazon. C'est, en gros, l'ubérisation de la société et la facilité de se dire, finalement… Je commande et ça arrive chez moi direct. Voilà, je prends mon téléphone portable. À la limite, je prends la lecture directement sur le téléphone portable. Ou je commande et ça arrive directement à la maison. Il n'y a plus la relation avec le commerce de proximité en physique. Donc moi, ma politique, c'est d'abord d'aider le commerce de proximité en physique pour des raisons très simples. Un, derrière le commerce de proximité, vous avez le lien social, ce que vous avez évoqué. C'est la relation humaine, le conseil, la présence physique dans la rue, l'animation et vraiment la dimension sociale et même des fois de sécurité. Parce que quand vous avez des commerces, notamment, on va rentrer dans une période où il fait nuit assez tôt, quand vous avez des commerces qui sont ouverts à 18h, 19h, allumés, etc., il y a un sentiment de sécurité. J'ai fait un nouveau dispositif d'une application où des personnes qui se sentent harcelées peuvent avoir une application où des commerces les accueillent en cas de harcèlement de rue. D'accord. Vous voyez, et donc on a des libraires aussi qui sont là-dedans. Donc, ça joue ce rôle-là, le commerce physique. Le commerce physique, c'est de l'emploi local. Quand j'ai dit relocaliser la production, la fabrication, c'est aussi pour sauvegarder l'emploi et les savoir-faire. Quand vous achetez sur Amazon… Pour ne pas être une ville d'ortoir. Quand vous achetez sur Amazon, vous ne savez pas d'où ça vient. Ça vient de l'autre bout du monde. Et l'autre enjeu, il est aussi environnemental. Relocaliser la fabrication, c'est autant en moins d'empreintes carbone quand les marchandises ne circulent pas sur toute la planète. L'enjeu du label fabriqué à Paris, c'était de donner aux Parisiens l'envie de consommer et d'acheter ce qui est fabriqué localement avec l'enjeu environnemental, social, de savoir-faire et de relocaliser. Il faut savoir, vous avez évoqué Ivry, qui est une cité ouvrière, mais il faut savoir que jusque dans les années 90, Paris était quand même une capitale industrielle où on produisait, où il y avait encore des usines. Alors, je ne suis pas fou. Je ne vais pas réimplanter des usines comme Boulogne-Billancourt ou Javelle. Mais par contre, qu'on refasse naître un tissu artisanal, un tissu de PME de fabrication à travers les artisans, à travers tous ces métiers. D'ailleurs, on a des écoles qui forment à ça. J'ai sous ma responsabilité l'école Boulle, l'école Estienne, Estienne, Duperret. Et sur laquelle on a tous ces savoir-faire qui sont aussi liés aux livres. À l'école Estienne, vous avez tout le savoir-faire ancestral autour du livre. Et donc, on a ces savoir-faire en France. Si c'est pour produire à l'étranger et avoir un bilan carbone au retour qui est négatif, ce n'est pas la peine. Donc, notre logique de réimplanter par notre politique commerciale, par la politique d'atelier des artisans et des commerçants, c'est aussi accompagner de ce label fabriqué à Paris. Et là, je vais présenter l'année 2024. C'est tous les ans. L'année 2024, on est à plus de 587 commerçants qui ont demandé le label cette année. Et sur, de 2017 à aujourd'hui, on a dépassé 2 000 commerçants artisans qui ont le label fabriqué à Paris. Alors, en fait, il y a une question que je veux me poser aussi. C'est avec l'histoire des invendus. Un libraire commande à une série d'éditeurs. Ça arrive en carton. Toujours sous l'angle écologique. Des tas de cartons différents, etc. Après, si c'est invendu, ils doivent redonner, renvoyer, reposter en carton aussi. Il n'y a pas du tout de possibilité d'améliorer ce système pour faire moins de… Il y aura probablement des possibilités d'améliorer, mais l'essentiel des libraires recyclise avec des cartons qui sont les cartons d'origine. Donc, il y a très peu de déchets. Les libraires, quand ils ouvrent l'espace pour pouvoir stocker les cartons, ils les stockent. C'est souvent toujours fait. Ce que j'ai toujours vérifié chez les confrères. On prenait les vieux cartons. Oui, on prend les vieux cartons. Mais ça ne me semble pas… Ce ne sont pas… Sauf que chaque éditeur, chaque éditeur, quand même, se prend ses cartons
Les gens qui s'intéressent aux livres, c'est le régime de surproduction qui est celui du paysage éditorial dans tous les pays de l'OCDE, et la France en tête. C'est un truc très très singulier. D'abord, il y a une situation qui est connue parce qu'elle s'est accélérée depuis, mais de duopole, de concentration au sein de groupes capitalistiques très importants dont le livre n'est plus le cœur de métier initial, quand bien même il est plus lait par le passé. Oui, on évoquait à l'instant Voloric qui a racheté H1. Bien sûr, ça c'est une véritable question, c'est-à-dire que vous avez des groupes de cette ampleur qui contrôlent à la fois les médias télévisuels, les chaînes de radio et des pans entiers de l'édition, et d'une manière assez sournoise, y compris des pans de l'édition qui n'annoncent pas la couleur, parce que très souvent des maisons d'édition qui sont identifiées comme plutôt portées à la critique sociale et qui en réalité, depuis qu'elles sont dans le giron de tel ou tel groupe, c'est le moins qu'on puisse dire de l'eau dans leur vin. La question c'est celle-ci d'abord, et puis l'autre question c'est la surproduction, c'est-à-dire que c'est un système de cavalerie monté. Nous on a une singularité à enviser, c'est qu'on travaille sans grille d'office. Grille d'office, c'est-à-dire quoi ? Grille d'office, c'est-à-dire qu'à un moment donné, il y a eu un tournant au moment où il y a eu une sorte de dynamique autour des grandes surfaces culturelles, Fnac et consorts, les grands moments des Fnac et puis toute une ribambelle d'outsiders dans ce registre. L'argument des sociétés de diffusion de distribution qui sont là où se fait l'argent dans le paysage éditorial, pas étonnant que les grands groupes, en réalité, ce qui les bichonne, c'est l'outil de diffusion de distribution, parce que c'est là où il y a la distribution essentiellement, c'est là où on fait de l'argent, sont venus voir les libraires indépendants et leur ont dit « écoutez, si vous voulez être dans des conditions d'équité », c'est le genre de termes qu'ils aiment employer, « relatives aux circuits des moyennes et petites surfaces dédiées, type Fnac et consorts, Cultura et autres, ce que vous pouvez faire, c'est prendre une grille d'office ». C'est-à-dire que nous, on vous assure que toutes les semaines, vous allez recevoir un package de nouveautés qui vont correspondre aux attentes supposées de votre lectorat dans votre périmètre, machin. Oui, on évoquait à l'instant Voloric qui a racheté H1. Bien sûr, ça c'est une véritable question. C'est-à-dire que vous avez des groupes de cette ampleur qui contrôlent à la fois les médias télévisuels, les chaînes de radio et des pans entiers de l'édition, et de manière assez sournoise, y compris des pans de l'édition qui n'annoncent pas la couleur, parce que très souvent, des maisons d'édition qui sont identifiées comme plutôt portées à la critique sociale et qui en réalité, depuis qu'elles sont dans le giron de tel ou tel groupe, c'est le moins qu'on puisse dire, de l'eau dans leur vin. La question, c'est celle-ci d'abord, et puis l'autre question, c'est la surproduction, c'est-à-dire que c'est un système de cavalerie monté. Nous, on a une singularité à enviser, c'est qu'on travaille sans grille d'office. Grille d'office, ça veut dire quoi ? Grille d'office, c'est-à-dire qu'à un moment donné, il y a eu un tournant, au moment où il y a eu une sorte de dynamique autour des grandes surfaces culturelles, Fnac et consorts, les grands moments des Fnac, et puis toute une ribambelle d'outsiders dans ce registre. L'argument des sociétés de diffusion de distribution qui sont là où se fait l'argent dans le paysage éditorial, pas étonnant que les grands groupes, en réalité, ce qui les bichonne, c'est l'outil de diffusion de distribution, parce que c'est là où il y a la distribution essentiellement, c'est là où on fait de l'argent, sont venus voir les libraires indépendants et leur ont dit « écoutez, si vous voulez être dans des conditions d'équité », c'est le genre de termes qu'ils aiment employer, « relatives aux circuits des moyennes et petites surfaces dédiées, type Fnac et consorts, Cultura et autres, ce que vous pouvez faire, c'est de prendre une grille d'office. » C'est-à-dire que nous, on vous assure que toutes les semaines, vous allez recevoir un package de nouveautés qui vont correspondre aux attentes supposées de votre lectorat dans votre périmètre. – Oui, on évoquait à l'instant Voloric a racheté H4. – Bien sûr, ça c'est une véritable question, c'est-à-dire que vous avez des groupes de cette ampleur qui contrôlent à la fois les médias télévisuels, les chaînes de radio et des pans entiers de l'édition, et de manière assez sournoise, y compris des pans de l'édition qui n'annoncent pas la couleur, parce que très souvent, des maisons d'édition qui sont identifiées comme plutôt portées à la critique sociale et qui en réalité, depuis qu'elles sont dans le giron de tel ou tel groupe, c'est le moins qu'on puisse dire de l'eau dans leur vin. – La question, c'est celle-ci d'abord, et puis l'autre question, c'est la surproduction, c'est-à-dire que les éditeurs, la plupart des éditeurs et des éditeurs qui sont dans une dynamique, on va qualifier commerciale, à dominante commerciale, c'est les dynamiques à l'œuvre aujourd'hui, c'est que c'est un peu la martingale. C'est-à-dire qu'on se dit « on va faire 50 bouquins dans l'année, il y en a bien un qui va rencontrer son public et qui va nous rembourser les 49 autres. » Je caricature beaucoup, mais ça… – Donc les 459 de la rentrée littéraire, ils disent… – Oui, il y a un effet de surproduction, ça peut paraître curieux de dire à un libraire, par ailleurs, Marie d'édité donc qualifié d'éditeur, mais je vous dis cela, moi j'aime beaucoup les livres, je suis ravi quand il y en a même en abondance, mais la vraie question, c'est « il y a un régime de surproduction et ce régime de surproduction, en réalité, ce qu'il paie là pour le coup, ce que paient les libraires, c'est le régime de surproduction. » Et c'est ce qui pèse, y compris dans leurs conditions de travail et leur capacité à ce que je vous évoquais, c'est-à-dire assumer un rôle de médiation. Parce que quand vous croulez sous des nouveautés chaque semaine, dans des domaines les plus divers, et les libraires peuvent être d'une curiosité insociable… Sur hommes. – Sur hommes. Vous faites face à cette réalité-là, c'est-à-dire il y a une telle surproduction et la question, c'est « comment on règle cette question de la surproduction ? » Sauf que si on la réglait, il faudrait taper à la caisse parce que c'est là où ça fait mal, les industriels dans le livre. Et ça mettrait en péril un modèle qui ne survit, qui ne se pérennise que grâce à ça. C'est-à-dire que comprenez bien qu'on est dans un pays où, comme dans d'autres, mais on est dans un pays où un des secrets le mieux gardés de la chaîne du livre, c'est ce qu'on appelle le pilon. Oui, pensait un peu. – Le pilon, c'est des livres… – Putain de temps, il y avait un rapport, c'était Olivier Donin, détruit. – Détruit. – Putain de temps, il y avait un rapport qui était signé d'un monsieur qui s'appelait Olivier Donin, un rapport sur les pratiques culturelles des Français. – Absolument, et qui était tous les ans, en fait, avec un chercheur du ministère de la Culture. – C'était très très bien fait. – Il y en a encore eu un en 2023 sur les lecteurs en France. Ce qu'on constate sur le rapport de la population au livre, c'est qu'en réalité, jusqu'à il y a très peu, une quinzaine d'années encore, Internet n'y intervena pas, mais les deux livres qu'on trouvait dans les foyers français, de manière, c'était un livre de cuisine… – Ginette Mathieu. – Et un dictionnaire en France. Pas nécessairement ce titre-là, mais un livre de cuisine et un dictionnaire. En fait, la vraie question, c'est que souvent, parce qu'on est dans un rapport au livre et à la culture écrite privilégiée, on oublie, c'est une sorte de mission, mais c'est parce qu'on voit le monde depuis la place qu'on occupe, on oublie le fait que des millions de nos concitoyens sont extrêmement éloignés de la culture écrite et de l'objet livre. Et le paradoxe, c'est qu'on est dans un pays où l'on envoie au pilon des millions d'ouvrages chaque année.
en Seine-et-Marne, dans les Divines, etc., et de stocker, de faire ce que vous dites, d'avoir d'abord avec des grandes maisons d'édition, de provoquer la consommation à outrance et de faire venir en camion, en avion du bout de la planète, et voilà. Et ça, cette économie-là, elle est dangereuse, parce que derrière, il y a peu d'emplois ou de l'emploi précarisé, il y a un coût carbone qui est énorme, et il n'y a plus de relations, il n'y a plus de relations humaines. Or, si on défend les libraires, c'est d'abord pour une raison politique. C'est politique. Pourquoi ? Parce que un, je l'ai dit, ils vous survolent, ils lisent les livres, déjà. Ils sont passeurs de culture. Ils sont passeurs de culture. Mais aussi de relation sociale. Mais en même temps, Sibloré, qui détient CNews par exemple, qui va éditer prochainement un bouquin d'un leader d'extrême-droite, s'il a toute la gamme avec Hachette de tous les livres, il va choisir, il va orienter. Là, on est dans l'hégémonie culturelle de Gramsci. Donc il y a un enjeu politique, il y a un enjeu culturel, il y a un enjeu de démocratie. Donc on a tout intérêt à avoir un réseau divers, pluraliste, de libraires indépendants et qui font leur choix à leur regard et à leur ligne. Absolument. Et qui la transmettent. Voilà, parce que derrière, si vous avez finalement, comment dire, un type de bouquin qui est restreint et qui est selon ce qu'on veut vendre et ce qui est le plus rentable, eh bien derrière, c'est l'appauvrissement culturel. Or, on a besoin de ça et c'est un enjeu d'émancipation aussi. C'est un enjeu d'émancipation, d'éducation populaire. C'est tout ça. Et donc nous, en tant que pouvoir politique, on fait une politique d'accompagnement de libraires à l'ordnuc. Voilà. Et c'est d'ailleurs… Quand vous avez évoqué la délibération qu'on a porté sur la question des fonds culturels. Moi, je suis intervenu en Conseil de Paris pour présenter cette délibération et je l'ai dit, c'est un enjeu extrêmement important parce que nous avons des fonds de commerce qui font partie du patrimoine culturel qui peuvent disparaître et partir à l'abandon. On a rencontré des enseignants, des professeurs d'université qui nous disaient, mais nous, maintenant, il y a des livres qu'on ne trouve plus parce qu'en face, on n'a plus ce réseau-là. Voilà. Donc c'est… Il y a un enjeu politique très important. Très bien. Donc libraires, passeurs de culture, passeurs de démocratie peut-être. On croise les doigts. Donc ce soir, nous nous posons la question des libraires indépendants. Sont-ils commerçants ? Sont-ils aussi passeurs de culture ? Et sont-ils garants d'une diversité culturelle ? Et nous recevons pour cette troisième séquence Olivier Loistis. Bonjour. Je vous remercie d'être venu de Chartres. Vous êtes l'ancien délégué général du syndicat de la librairie française. Absolument. Vous avez même participé à sa fondation. C'est ça. Et ce soir, vous êtes ici parce que vous avez en fait repris la grande, très grande et historique librairie de Chartres qui était jusqu'à présent, enfin jusqu'avant, détenue par la famille fondatrice, les Légay, que vous avez baptisée l'Espérluète. Vous avez recentré votre librairie sur la vente de livres, une surface de 530 mètres carrés. Précédemment, c'était beaucoup plus. Et vous avez réussi à conserver l'indépendance avec la mise de fonds nécessaire. Alors pourquoi est-ce que, c'est une question qui est peut-être totalement anecdotique, à moins que vous vouliez rajouter quelque chose sur la situation ? Non, tout à fait. Une question peut-être totalement anecdotique. Pourquoi est-ce que vous avez abandonné la papeterie, la musique et vous êtes recentré sur la vente de livres ? Vous n'avez pas eu peur de perdre un chiffre d'affaires ? De fait, si, puisque ce chiffre d'affaires-là n'existait plus à partir du moment où c'était un magasin multiprofessionnel, on va dire, avec multimédia même. Je crois qu'on disait déjà ça à l'époque, qui proposait bien sûr au centre des livres, mais aussi de la musique, donc des disques, de la papeterie et de la photo. Ça ressemble beaucoup à d'autres chaînes de magasins. Absolument. Voilà, qui aussi sont des magasins multimédias. Lorsque j'ai repris, mon projet était de reprendre essentiellement la librairie. Ça tombait bien puisque la famille propriétaire de ce magasin était également, et toujours d'ailleurs, propriétaire des murs et souhaitait donner une autre destination à une partie des locaux. Ah oui, d'accord. La discussion était très simple, donc bah très bien, ça me va tout à fait et je conserve uniquement la partie librairie. Voilà, ce serait aussi pragmatique que ça. Très bien. Alors, la question, les questions qui ont quand même été débattues un petit peu précédemment, c'est en fait, disons, les conditions de vie économiques des librairies. Et moi, je voulais vous poser la question de la marge imposée par les éditeurs, mais peut-être que c'est tout à fait autre chose qu'il faut se poser comme question, parce que est-ce que c'est à cause de ça que les libraires indépendants ont du mal à vivre ou est-ce que… Qu'est-ce que vous en pensez ? Oui. Je pense qu'il faut reprendre les choses au début. C'est-à-dire que le marché du livre en France est tout à fait particulier. Ce n'est pas le seul pays à fonctionner de cette façon. Non, mais quand même une originalité française. Disons que le marché du livre est régulé. C'est-à-dire qu'il y a des règles. La régulation, ça signifie simplement ça. La première de ces règles-là, et ce n'est qu'un livre, est tout de même pris par tous. C'est-à-dire que le prix du livre est fixé par l'éditeur. La loi Lang. Voilà, la loi relative au prix du livre du 10 août 80, dite loi Lang, qui est due certes à Jack Lang, mais aussi à Jérôme Lindon, il ne faut jamais l'oublier. Surtout, il est éditeur des éditions Minuit. Voilà, tout à fait. Et à Jean Quétain, qui était directeur du livre à l'époque. Absolument, il y a toute une configuration de gens qui se sont mis à militer dans les moments où les années qui précédaient la campagne présidentielle de 80. Et donc ça s'est soldé par cette loi, qui est une loi extrêmement importante. Alors, à partir du moment où le producteur fixe le prix de vente au client final d'un objet, le libraire, qui est un intermédiaire, retourne forcément vers son fournisseur pour négocier ses conditions économiques. C'est-à-dire, en fait, une remise. La remise dans la loi, il est précisé qu'elle doit tenir compte à la fois de critères de quantité d'achat, mais également de la qualité du travail du libraire. Donc ça, c'est très important. La qualité du travail. Mais comment est-ce qu'il l'apprécie, l'éditeur ? Il y a des tas de critères qui ont été négociés dans les années qui ont suivi le vote de la loi, parce qu'évidemment, la loi ne le précise pas de manière très, très approfondie. Mais il y a eu un accord professionnel qui, au départ, s'appelait le protocole CARP, puis ensuite c'est appelé le protocole des usages commerciaux et qui précise justement la manière dont on peut décrire le travail en qualité des libraires. Est-ce qu'on reçoit un représentant ? Oui, un représentant des maisons d'édition. Des maisons d'édition. Est-ce qu'on accepte d'acheter les ouvrages avant parution, ce qu'on appelle parfois improprement l'office. L'office, c'est vrai que ça veut dire. Voilà, l'achat des nouveautés qui se fait généralement deux à trois mois avant la parution. C'est-à-dire qu'on achète des livres qui n'existent pas encore, qu'on ne connaît pas. Et en contrepartie de quoi, d'ailleurs, on peut aussi retourner ses livres préachetés si nous ne les avons pas vendus. Mais ça, tout à l'heure, vous avez eu l'occasion d'en parler, ce qu'on appelle les retours. Voilà. Donc cette loi, loin de générer des difficultés à mon sens pour les libraires, en fait, en conditionne l'existence. Cette loi-là, sans elle… Et protège. Mais oui, parce que sans elle, en fait, les libraires indépendants
Sans doute n'existerait plus en France comme il n'existe pratiquement pas dans tout un tas d'autres pays, la Grande-Bretagne pour citer sans doute le plus proche de nous. C'est-à-dire qu'en fait, il y aurait des rayons de supermarchés ou Amazon. Oui ou des chaînes, enfin voilà, les marchés du livre s'organisent différemment selon les pays, mais effectivement la France est, grâce à cette loi, grâce à cette régulation économique, la championne du monde des librairies indépendantes. Cela dit, il est toujours important de rappeler que cette loi n'est pas faite pour protéger les libraires. En fait, les libraires sont des moyens au sein de cette loi. La loi vise à protéger la diversité de la création éditoriale. Exactement. La librairie indépendante en étant l'un des moyens. C'est-à-dire que par exemple, si on imagine une situation fictive, évidemment, où les libraires cesseraient de défendre la diversité éditoriale, c'est-à-dire restreindraient énormément leurs achats, ignoreraient tout un pan de la création éditoriale, etc. Si les libraires décidaient de faire ça, finalement, l'objectif majeur de la loi chuterait et elle ne servirait plus à rien finalement d'en protéger le moyen qui est la librairie. Bon, ce n'est pas du tout le cas, c'est une situation tout à fait fictive, bien sûr. D'accord. Et donc, en fait, le sujet de la marge… Alors, le sujet de la marge… Accordée par les éditeurs. Oui, c'est un sujet permanent, mais vous savez, ce qui ne concerne pas simplement les métiers du livre. Non, on voit bien dans la grande distribution sur tous les produits alimentaires en ce moment. Exactement, et ça, c'est tous les ans. Donc on en parle tout le temps. Donc il y a toujours des négociations. Dans le livre, les négociations se placent dans cet univers particulier que la loi Langue instaure, c'est-à-dire un modèle économique un petit peu spécifique. Et en fonction de critères dont je vous parlais tout à l'heure. Quelle est la qualité du travail du libraire et quelles sont les quantités de livres achetées ? Étant entendu que la qualité du travail doit être récompensée de manière plus importante que la quantité achetée. Vous voyez, ça donne des critères qualitatifs. Le nombre de pourcentage de remises que nous obtenons pour des raisons qualitatives doit être supérieur au nombre de pourcentages que nous obtenons de remises pour des critères quantitatifs. Ce que j'avais compris aussi, c'est que si on sort un peu de la sphère parisienne que l'on pense banlieue, grande banlieue, province, etc., les collectivités publiques peuvent favoriser les librairies comme par exemple, elles conseillent à leur bibliothèque d'acheter, de passer des marchés avec les libraires, mais à ce moment-là, elles passent des marchés publics et les marchés publics, pour prendre un terme de jargon un peu, sont toujours attribués après examen des différentes offres au mieux-disant. Donc le mieux-disant, c'est évidemment celui qui va réduire au maximum, j'imagine, les marges ou en tout cas les conditions pour le libraire. Ce n'est pas parce qu'une collectivité publique va vouloir aider la librairie qu'elle aidera forcément aussi bien qu'on voudrait. Encore faut-il que la collectivité le puisse. En fait, très souvent, c'est le cas. Il y a des regroupements de collectivités. Par exemple, les libraires de Bayeux, là, il m'avait expliqué qu'Éric Benel, il y a eu un marché public qui dure plusieurs années, donc pour l'instant, depuis qu'il s'est installé, il ne peut pas encore en bénéficier. Mais c'est peut-être le prochain coup. Oui, alors, en fait, il y a une espèce de contradiction dans les différentes réglementations quant au marché public de livres. Simplement parce qu'il existe aussi le code des marchés publics. Oui, c'est ça dont je parle. Qui est un autre corpus de loi et qui signifie qu'effectivement, très clairement, que d'abord, on ne peut pas choisir son acheteur comme ça de gré à gré. Non, on doit comparer les offres. On doit comparer les offres, voilà. Et on doit comparer les offres en fonction là aussi de critères qui peuvent permettre de déterminer qui est le mieux-disant. Sauf que dans le livre, il y a aussi une loi relative au prix. La même que celle dont on vient de parler, qui existe aussi pour les collectivités. Je ne parle pas du domaine scolaire, ça c'est un peu différent. Oui, les livres scolaires, c'est autre chose. Mais pour les autres livres, voilà, il y a aussi une loi. Alors là, la loi, ce ne sont pas exactement les mêmes conditions que pour les ventes au public, mais pour le dire très rapidement, le libraire concède au maximum et n'a pas le droit de concéder plus de 15% du prix à son client public. À savoir 9% de remise directe et 6% d'une taxe qui sert à abonder des fonds pour les éditeurs et les auteurs, notamment relativement à leur retraite. Voilà, donc c'est 15%. Donc la concurrence sur les prix, elle existe très peu. Il faut que les collectivités puissent, dans leurs appels d'offres, déterminer d'autres critères, mais c'est très difficile puisque les critères majeurs que vise le code des marchés publics, c'est le prix, c'est la qualité, bien sûr, mais la qualité, un livre est un livre, c'est toujours le même livre, quel que soit le fournisseur. Oui, ce n'est pas comme les panneaux de basket et leur sécurité. Et le délai, mais le délai de livraison, on a tous les mêmes puisque on a tous les mêmes fournisseurs à peu près. Donc c'est très compliqué puisque c'est difficile pour une collectivité publique, même lorsqu'elle souhaite s'adresser aux libraires, de sortir de ce type de critères qui pourtant sont contredits par la loi relative au prix du livre. Donc on est dans un système un petit peu compliqué. Mais c'est pour ça qu'on a exposé précédemment avec Nicolas Bonnet des choses que faisaient les villes de Paris qui sont quand même assez intéressantes pour la protection des commerces. Oui, qui relèvent d'autres dispositifs. Absolument. Qui ne sont pas à la famille. Oui, qui sont intéressants, qui sont assez uniques à Paris, il faut le dire. Il y a d'autres villes qui ont des dispositifs aussi, mais vraiment Paris fait un effort particulier, c'est sûr. Paris est la ville au monde où il y a le plus grand nombre de librairies de très très loin. Oui, pour vous, c'est dur. Oui, il n'y a pas beaucoup de raison qu'on ne soit pas le cas. Alors sinon, il y a un sujet que vous vouliez aborder aussi qui était le contexte actuel sur finalement, parce que notre sujet d'émission, c'est est-ce que les libraires sont commerçants et ou passeurs de culture ou est-ce qu'ils peuvent protéger la diversité culturelle ? Qui était en fait l'objet de la loi sur le prix du livre. Et vous étiez assez soucieux d'une tendance un peu préoccupante ou d'un débat dans la profession. Alors, oui, effectivement, les librairies, vous savez, c'est enraciné dans un territoire. Son ADN est celui de l'endroit où elle est créée ou bien où elle vit simplement. Et puis, une librairie a aussi son propre projet. Mais il faut forcément que l'endroit où elle s'implante, là où elle est implantée, et son projet soient en grande partie en symbiose. Voilà, absolument. Et ça donne quoi par exemple sur Chartres ? Sur Chartres, ça donne qu'il y a une librairie générale, c'est une agglomération très composite. Et donc en fait, notre projet est d'essayer de répondre à peu près à tout ce qui peut relever des demandes des clients, d'une part. Et puis notre autre projet, qui est peut-être encore plus important, mais même si économiquement il l'est probablement moins, c'est de proposer une offre de choses que nos clients n'attendent pas. Disécorcerter, les surprendre. C'est ça, on va avoir deux jambes, répondre à une demande et puis fabriquer une offre, en gros. À partir de ces grands principes-là, on a toujours plein d'options. C'est-à-dire qu'on peut avoir un projet de librairie, par exemple tout à l'heure, vous avez reçu des libraires qui avaient des projets plus ou moins typés, par exemple politiquement, où il y avait aussi des projets d'engagement communautaire, enfin plein de choses comme ça, qui sont parfaitement légitimes et qui peuvent prendre place dans une très grande agglomération comme la région parisienne, évidemment. Quand on est dans une petite ville comme Chartres, c'est mon cas, évidemment, on est un peu tout seul. On n'a pas trop de librairies. Vous avez Pignon-sur-Rue. Voilà, c'est ça, c'est la librairie générale.
général de la ville. Donc comment on fait ? On ne peut pas développer un projet militant, on s'aliénerait une partie de nos clients actuels, par exemple, si on avait un projet orienté politiquement. Donc on choisit de ne pas avoir de projet orienté politiquement. Et par exemple, au lieu d'avoir de choisir si on a un livre de Eric Kazan ou un livre de, je ne sais pas, signé par un militant plutôt d'extrême droite, donc deux opposés, plutôt que de choisir l'un ou l'autre, on va plutôt proposer les deux dans une forme de dialectique. Ce qui parfois est un peu compliqué aujourd'hui, c'est qu'on est entré dans une ère sans doute où la raison démocratique, le débat démocratique, qu'on essaie d'instruire dans nos librairies quand on parle des rayons de sciences humaines, par exemple, est un petit peu plus difficile. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on fonctionne beaucoup plus du côté de la passion que du côté de la raison. Et on a beaucoup de nos clients qui nous disent « Mais je ne comprends pas dans ma librairie que vous présentiez ce livre-là. Parlons de l'un ou de l'autre en fonction du client qui se présente. » Donc vous pensez au walk-in, par exemple. Tous les sujets peuvent être abordés. Mais effectivement, il y a eu un sujet qui a fait polémique de manière récente et qui était assez compliqué à gérer en librairie. C'est un livre qui s'appelle Transmania. Transmania, donc, est un livre que certains qualifient d'homophobe, de LGBT-phobe, de transphobe, mais qui n'a pas fait l'objet d'une condamnation juridique, par exemple. Donc qu'est-ce qu'on fait dans une librairie généraliste comme la mienne ? Eh bien, évidemment, on l'a. On l'a, ce livre-là. Je pense que si il y avait à ma place un libraire ou une libraire dont la militant suppose de défendre les questions trans, ces populations-là, il n'aurait pas ce livre-là. On l'imaginait des livres. Oui, oui. Voilà. Et c'est parfaitement légitime. Voilà. Et on est dans une agglomération où une autre librairie, pas très loin, peut proposer ce livre-là. Donc le débat reste ouvert et la diversité éditoriale reste réelle. Mais il y a un débat actuellement dans la profession sur l'autocensure ? Oui, sur « Est-ce que je peux avoir ce livre-là dans mon rayon ou pas ? » À chaque libraire d'y répondre, je crois, éthiquement et commercialement, les deux, mais éthiquement aussi au regard des objectifs fixés par la loi de diversité éditoriale et puis commercialement au regard de notre clientèle. Les deux sujets pouvant se rejoindre, à chaque libraire de déterminer si tel ou tel livre a sa place effectivement sur ses tables, dans ses rayons. Évidemment. Mais vous savez, là, on prend des sujets qui sont des sujets contemporains et extrêmement sensibles. Mais on a toujours eu ce type de débat en librairie si on s'éloigne un petit peu des sujets de société et qu'on va du côté de la littérature, d'une littérature qui n'aborderait pas, par exemple, des sujets polémiques. Alors voilà, par exemple, que fait-on de Céline ? Il continue à faire des débats. Bien sûr. Que fait-on de Céline ? Ou même simplement… Gril Larochelle. Oui, ou sur des questions esthétiques, simplement. Est-ce qu'un libraire peut se permettre de dire « ça, c'est un bon livre, ça, c'est un mauvais livre » ? Alors, chacun peut avoir ses préférences. Non, il dit « j'aime ou j'aime pas ». On peut dire « j'aime ou j'aime pas ». On peut aussi réfléchir un petit peu autrement et dire « voilà, mais est-ce que ce client-là qui me demande un livre pour passer son week-end ou je ne sais pas quoi, est-ce que ce client va plutôt apprécier celui-ci ou celui-là ? » Et ça ne dépend pas nécessairement de mes goûts. Enfin, vous voyez, il y a tout un tas de… Il y a toute une palette de réponses qu'on peut faire. Oui, mais alors, est-ce qu'il n'y a pas un risque de repli vers justement le zéro risque ni polémique ni controverses et normalisation, en fait, de la création ou de l'offre ? Il y a toujours ce risque-là, effectivement. C'est le risque majeur auquel il faut absolument veiller quand on est libraire parce qu'évidemment, on en revient à ce que je disais tout à l'heure, c'est-à-dire que si on n'accepte de censurer, de s'autocensurer, c'est-à-dire de planquer plus ou moins des livres qui pouvrait poser problème, etc., je pense qu'on n'est plus tout à fait dans l'objectif de défendre la diversité éditoriale, y compris contre nous-mêmes. Parce que vous disiez tout à l'heure « j'aime, j'aime pas ». Oui, mais ce que je n'aime pas, il faut que ça soit là aussi, éventuellement dans un projet de librairie comme le mien. Évidemment, dans un projet de librairie plus typé, militant ou communautaire, là où BD ou manga ou littérature… Ou de spécialité, voilà, tout à fait, vous avez raison de rappeler ça, d'ailleurs, parce qu'une librairie spécialisée en bande dessinée n'a pas vocation à avoir des romans policiers, par exemple. Qui ne doit pas en BD. Oui, c'est ça. Oui, mais c'est une bonne idée qu'il y ait des librairies spécialisées. Bien sûr, bien sûr. Bien sûr, mais dans une petite ville, ce serait dommage de n'avoir comme seule librairie qu'une librairie spécialisée, par exemple. Oui, mais ce serait peut-être d'ailleurs pas viable. C'est possible, ça serait peut-être viable, mais ce serait dommage puisque, de toute façon, il y aurait la nécessité de pouvoir proposer d'une manière ou d'une autre les autres livres. Alors, je me demandais peut-être que c'est une idée de quelqu'un qui n'est pas vraiment spécialiste du secteur, mais en fait, qui et comment on peut encourager la valeur ajoutée du contact ou du contrat de proximité que vous expliquiez tout à l'heure, joué par les libraires indépendants vis-à-vis de leur population ? Parce qu'en fait, finalement, qui est de ça ? Personne. On vous demande d'être commerçant et de faire votre chiffre d'affaires pour survivre. Oui, bien sûr. On doit équilibrer. On est dans une logique qui reste une logique économique classique, même si le… Et qui n'est pas facile. Non, qui n'est pas forcément facile. Mais vous savez, la librairie est à la fois un métier avec des marges relativement contraintes et en même temps un métier relativement prévisible. C'est-à-dire qu'il est rare que le marché du livre évolue de manière extrêmement forte dans un sens ou dans l'autre. Ah oui, il n'y a pas des hauts et des bas. Il y a peu de très hauts, il y a peu de très bas en contrepartie. Donc on a une prévisibilité assez grande, ce qui nous permet de placer quand même notre projet dans le cadre de ces prévisions économiques. Voilà, absolument. Oui, mais enfin, on voit quand même qu'ils ont du mal à dégager un premier SMIC, puis un deuxième, à recruter… Oui, oui, les conditions de création au départ ne sont pas faciles. C'est très difficile. Créer une librairie, implanter une librairie là où elle n'existe pas, c'est un travail de longue haleine. Ça, c'est tout à fait exact. Sauf à ce qu'évidemment… Les aides indiquées par la ville de Paris, par exemple, partiellement. Oui, oui, tout à fait. Ou bien lorsqu'on s'implante vraiment dans un quartier qui n'a pas de librairie pour des raisons historiques ou une librairie a fermé. Et puis tout d'un coup, finalement, on prend une place qui est assez naturelle dans un endroit où les gens qui y habitent sont plutôt des lecteurs. Enfin, voilà, ça, ça peut être facile. Ça existe. Mais la plupart… Dans un endroit universitaire. D'ailleurs, à cet égard, l'une des inquiétudes que nous avons aujourd'hui dans la profession pour beaucoup de nos confrères, beaucoup de néo-libraires qui se sont installés un petit peu dans la suite… C'est un autre sujet, mais un sujet important aussi, mais qui se sont installés dans la suite du moment Covid. Beaucoup de gens se sont dit « Voilà, je vais donner du sens à ma vie ». Et beaucoup de lecteurs se disent « Donner du sens à ma vie, bah, c'est peut-être vivre de ce que j'aime, c'est-à-dire la lecture. » Qui nous disait en première séquence. Oui, et voilà, absolument. Sauf que vous avez pris des exemples de libraires qui ont bien posé leur projet et qui l'ont réussi d'emblée. Le problème, c'est que vous avez aussi des nouveaux professionnels hors métier qui, par exemple, n'ont pas été suffisamment accompagnés. Tous les gens que vous avez fait parler tout à l'heure avaient fait une formation, s'étaient posé des questions, avaient vraiment réfléchi, construit leur projet. Mais ce n'est pas toujours le cas. Il y a eu un certain nombre de créations sans doute beaucoup trop dans des endroits… Et fermeture et échec. Voilà, dans des endroits qui ne permettaient peut-être pas à
Il y a s'installer dans le cadre de la réalisation d'un projet personnel autour du livre, on peut se dire aussi tiens j'ai envie d'être au bord de la mer ou des choses comme ça, dans des endroits qui fonctionnent deux ou trois mois de l'année mais pas forcément le reste de l'année, et ce n'est pas suffisant quoi. Mais alors ma question c'était, en fait il n'y a pas de redistribution de moyens ou d'aides vers les librairies indépendantes, ça n'existe pas ça. Et pourtant vous avez quand même bien expliqué que vous jouiez un rôle. Vous parlez d'aides publiques. Oui. Il y en a. En fait d'aides, oui d'aides publiques ou d'aides, ça peut être du mécénat. Pourquoi pas ? Ça c'est une pratique qui n'existe pas. Mais non, pas du tout. Mais pourquoi pas ? À la profession, pourquoi pas, effectivement, vous avez raison. Alors parfois il y a des librairies qui s'entourent d'associations d'amis de la librairie. Oui, alors c'est ça, ils font participatif, c'est ça. Ou coopérateur, c'est ça. Des coopératives. Les coopératives c'est un modèle encore différent, mais des associations qui entourent une librairie. Qui aident. Qui par ailleurs a un statut d'entreprise éventuelle ou coopérative, enfin peu importe. Mais cela dit, effectivement, ce sont des choses qui sont relativement rares aujourd'hui, à ma connaissance. On n'a pas inventé ça. Non, mais par contre des aides publiques, il en existe. Elles ne sont pas gigantesques. Oui, sauf pour l'investissement parfois, il y a des aides qui peuvent être… Le Centre Régional du Livre. Voilà, les régions contribuent beaucoup, l'État via le Centre National du Livre aussi peut tout à fait participer absolument au financement de création, de reprise de librairie, d'aménagement, de réaménagement, de travaux, d'équipements, enfin voilà, il y a beaucoup de choses quand même qui peuvent être accompagnées, étant entendu que ne sont accompagnées que des librairies qui ont une vraie viabilité économique, c'est vrai. C'est-à-dire qu'on ne crée pas ex nihilo avec des fonds publics une librairie, ça c'est clair. Oui. Oui, mais ça m'étonnait parce que je me disais finalement, vous êtes un des rares endroits où vous passez, vous transmettez quelque chose à des publics qui ne sont pas forcément acquis. Oui. C'est l'idéal, on essaie de faire ça. Il faut qu'ils rentrent dans la librairie, ce qui n'est jamais facile. Non, parce que quelquefois vous avez des choses sur rue. Oui, oui. Ou vous faites des événements. Vous faites des événements. Oui, bien sûr, on reçoit des auteurs, on fait des animations pour les enfants, etc. Mais c'est vrai qu'on peine parfois à faire rentrer des gens qui se considèrent eux-mêmes comme éloignés du livre. Et il y a beaucoup de gens, Raoul tout à l'heure le disait, énormément de gens qui sont tout à fait éloignés du livre. Oui, et qui n'y lisent pas. Après, la dernière étude justement du Centre National du Livre avec Ipsos sur les Français et la lecture montrait qu'évidemment il y a 14% de Français qui ne lisent pas et qu'il y a plus de 20% de non-lecteurs chez les 15-24 ans. C'est beaucoup quand même. Alors évidemment, il y a la concurrence. Est-ce que c'est une concurrence, les réseaux sociaux, les WhatsApp ? C'est concurrence sur le temps, de toute façon. Mais avant ces réseaux sociaux, il y avait la télévision que les jeunes ne regardent pratiquement plus. Avant la télévision, il y avait la TF1. Vous savez, il y a une histoire comme ça qui raconte qu'à la fin du XIXe siècle ou au tout début du XXe siècle, quand la librairie a existé de manière indépendante des autres métiers du livre, imprimeur, éditeur, etc., les libraires se sont beaucoup inquiétés de la bicyclette qui devait prendre beaucoup de temps de loisirs aux gens et donc supprimer du temps de lecture. Ensuite il y a eu la radio, ensuite il y a eu la télévision, puis il y a eu internet, etc. Donc il y a toujours quelque chose qui vient concurrencer. Maintenant les médias sociaux. C'est sans doute quand même en partie vrai, c'est-à-dire que là c'est une forme de boutade bien sûr, parlant de l'inquiétude permanente des gens du livre quant au succès de leur objet favori. Mais je pense que… Non, il n'y a pas seulement ce déranger pour acheter un livre, mais il y a surtout le temps que vous disiez, le temps passé devant un écran. Bien sûr, le temps passé à autre chose qu'à lire. Les Français passent, j'ai vu, 22h38 devant un écran par semaine et 4h47 à lire. C'est une moyenne. Et en même temps, c'est l'évolution des pratiques. Je pense aussi, vous voyez, c'est l'étude sur le public français discutée il n'y a pas très longtemps avec un auteur italien qui me disait à quel point il était surpris de constater la présence du livre chez les Français, la densité de la lecture et le nombre de livres vendus par Français par rapport aux études que lui connaissait en Italie. Oui, mais parce que ça reste une spécificité française, c'est un peu comme le cinéma. En tout cas, il y a ce fait que la France propose beaucoup de livres sur les territoires avec des magasins qui sont ouverts dans les rues, etc. Et c'est beaucoup moins vrai d'à peu près tous les autres pays au monde. Il y a des exceptions. L'Allemagne est assez bien dotée aussi, l'Autriche aussi, la Belgique aussi, mais la France reste vraiment l'exception parmi les exceptions. Alors, vous expliquiez les incitations à la lecture. Moi, ce que j'avais noté dans cette enquête justement, c'est que la présence de l'auteur sur les réseaux sociaux est très efficace pour 39% des moins de 25 ans comme prescripteur d'achat ou comme recommandateur. Les recommandations d'un influenceur aussi ou d'une influenceuse pour 44% des moins de 25 ans. Voilà, c'est ça. Ça passe par d'autres biais. Oui, on condamne les réseaux sociaux. Or, les réseaux sociaux sont aussi des médias par lesquels le livre peut passer. C'est toujours un petit peu la même histoire, si vous voulez. Est-ce que réellement… C'est tous les livres. Parce qu'en fait, la question, ce n'est pas le livre. Est-ce que dans les réseaux sociaux passent tous les livres ou il n'y a pas une sorte d'uniformisation comme il y en a pu le crainte avec la télé à un moment donné ? Comme avec tous les médias. C'est ça, c'est ce que vous expliquez. Comme avec tous les médias, il y a toujours peu de place, enfin, en tout cas, de la place pour un petit nombre seulement de livres dans les médias. Mais c'est justement notre vocation à nous, libraires, en particulier les libraires indépendants, que de présenter des livres que personne n'attend. C'est ce que je vous disais tout à l'heure à propos de l'offre. Répondre à une demande. Certes, c'est-à-dire que les livres promus sur les réseaux sociaux, les gens entrent, nous demandent ce livre-là. Oui, qu'est-ce que vous en pensez ? Ou alors ils disent… Oui, nous le demandent. Ils veulent l'acheter. Et donc, nous, on s'efforce effectivement de pouvoir voir ça et de l'avoir pour pouvoir le proposer. Mais quelqu'un qui entre, on peut aussi lui proposer quelque chose qu'il n'attend pas. C'est ça, notre métier. Notre métier est plutôt un métier qui bénéficie, par exemple, des best-sellers, c'est-à-dire des livres qui se vendent tout seuls, qui se vendent sans nous. Il y a la consommation. Voilà, qui font entrer des gens, qui permettent aussi au marché du livre d'avoir une économie réelle, etc. Mais notre métier à nous, c'est de défendre des livres qui sinon ne le feraient pas. Ne seraient pas vendus parce qu'ils ne sont pas médiatisés ou médiatisés dans des médias. Voilà, ou dans des médias simplement qui ne concernent déjà que les lecteurs, etc. Donc il y a un nombre de lecteurs restreints. Donc effectivement, il y a des livres comme ça tous les ans qui connaissent un succès relativement important. Ce n'est certainement pas la notoriété d'un prix Goncourt, mais qui connaissent des succès relativement importants parce que les librairies indépendantes s'en sont saisies, ont trouvé que ce livre-là avait de belles qualités, pouvaient se proposer à un public relativement nombreux. Et puis voilà. Et chaque librairie étant différente, chaque librairie peut aussi défendre des titres que parfois, alors ça c'est dommage pour l'auteur, mais parfois il y a des livres qui ne sont défendus que dans une, deux, trois ou dix librairies seulement en France. Mais enfin, en tout cas, ces livres-là existent dans ces librairies-là. Ce qui n'est pas suffisant. Mais alors chez vous, par exemple, vous défendriez quoi là, ce soir ? Beaucoup, beaucoup de livres, il y en a beaucoup. La question est difficile. La question est très difficile parce qu'elle est presque injuste aussi, parce que si j'en cite certains, il y en a
Jérôme Lindon disait à ce propos, la librairie indépendante, c'est là que le son est créé, et ensuite il se propage, il y a des échos, etc. Muriel Barbery, par contre, a écrit un certain nombre de livres depuis et a une présence médiatique beaucoup plus faible qu'auparavant. Il faut dire qu'elle a écrit des livres aussi qui sont, dans le projet littéraire, assez différents. Ce soir, j'ai envie de conseiller un livre que certainement d'autres de mes confrères ont pu repérer, mais qui s'appelle Thomas Selder, qui est le dernier livre de Muriel Barbery, qui est absolument magnifique, qui a une profondeur et une hauteur littéraire absolument formidables, et qui, pourtant, à l'heure actuelle, n'a pas encore trouvé un public très large. Chez quel éditeur ? Chez Actes Sud. Eh bien, merci pour ce conseil, monsieur le grand libraire indépendant de Charpe. Je ne sais pas si on aura répondu à la question ce soir, mais selon la tradition de cette émission, fermez la télé, lisez des livres, beaucoup de livres, allez chez votre libraire, on va rajouter ça, et réfléchissez. Merci. À la semaine prochaine.