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Les langages de la poésie

Mensonge, mémoire, justice : écrire pour transmettre

BER Claude, DURIF Eugène

1 h 28 min 44 s

Comment écrire à partir du réel sans en effacer les ambiguïtés ? L’émission réunit des réflexions sur le mensonge, la mémoire familiale, la disparition, la justice et la vulnérabilité. De la figure du fabulateur aux récits inspirés d’archives, en passant par les tribunaux et le jury populaire, un même fil se dessine : la responsabilité de transmettre et de rendre visibles des expériences souvent laissées à l’écart.

Résumé de l'émission

L’émission s’ouvre avec Nicole Lapierre et son livre Le plus menteur d’entre nous tous, inspiré par un homme rencontré dans les années 1970 et 1980. Après sa mort, ses proches découvrent que les aventures extraordinaires dont il faisait le récit étaient largement inventées. L’échange examine moins le mensonge comme simple tromperie que la relation entre le fabulateur et ceux qui veulent le croire. Le personnage d’Ulysse ou Ulysses Moïse, l’humour noir, les images radiographiques et l’adresse directe au disparu permettent d’interroger ensemble identité, fiction et mémoire.

Nicole Lapierre revient également sur son parcours au CNRS, sa proximité intellectuelle avec Roland Barthes et surtout Edgar Morin, ainsi que sur le déplacement de ses recherches vers l’identité, la mémoire familiale et la transmission entre générations. Son enquête Le silence de la mémoire, consacrée à une diaspora juive originaire de Płock, est replacée dans le contexte culturel de sa publication en 1989.

La conversation se poursuit avec Philippe Renonnet autour des Portraits de Laura Blume. La disparition, le deuil et la présence-absence structurent un récit nourri par la photographie, la taxidermie et le motif du palimpseste. Les images s’y superposent comme des couches de mémoire. La multiplication des points de vue, les chapitres courts et les références au cinéma participent d’une enquête qualifiée de métaphysique, attentive à l’identité des êtres à travers le temps.

Avec Laura Nish, avocate pénaliste et auteure de La justice contre les hommes, l’émission aborde la représentation médiatique des affaires judiciaires, la déshumanisation des procédures et la situation des personnes les plus démunies. Elle invite le public à observer concrètement le fonctionnement des tribunaux avant de conclure au laxisme de la justice. L’échange insiste sur la preuve, sur la distinction entre plaignant, partie civile et victime, ainsi que sur la nécessité d’un accompagnement associant soins, travail et suivi des peines.

Belinda Canonne présente enfin Les vulnérables, un recueil de nouvelles consacré à des figures fragiles, marginales ou peu visibles. Elle explique son choix d’une forme elliptique et poétique, capable de varier les styles et d’accueillir parfois le fantastique. Plusieurs récits partent de reportages, d’archives ou de faits historiques, notamment autour du Chambon-sur-Lignon et de Daniel Trocmé, avant d’être transformés par la fiction. Une autre nouvelle met en scène une polémique universitaire autour des Liaisons dangereuses.

La dernière partie rapproche ces démarches. Elle questionne le rôle de l’écrivain comme porte-voix, la disparition progressive du jury populaire et ce que la professionnalisation de la justice peut faire perdre à l’intelligence collective. Littéraire ou civique, la transmission apparaît finalement comme le point commun de l’émission : conserver les traces, multiplier les perspectives et faire entendre ceux qui restent habituellement sans voix.

  • Nicole Lapierre analyse la frontière entre fabulation et fiction à partir d’un homme dont les récits se sont révélés inventés après sa mort.
  • Le plus menteur d’entre nous tous associe identité hybride, mémoire, humour noir et métaphores radiographiques.
  • Le parcours de Nicole Lapierre relie le CNRS, les influences de Roland Barthes et d’Edgar Morin, puis les recherches sur la mémoire familiale et la transmission.
  • Les portraits de Laura Blume explore la disparition et le deuil à travers la photographie, la taxidermie, le cinéma et le palimpseste.
  • Laura Nish critique la médiatisation simplificatrice de la justice et la déshumanisation de certaines procédures pénales.
  • La discussion judiciaire rappelle la place centrale de la preuve et distingue les notions de plaignant, de partie civile et de victime.
  • Dans Les vulnérables, Belinda Canonne part notamment de reportages, d’archives et de faits historiques pour construire ses nouvelles.
  • La fin de l’émission interroge la réduction du jury populaire et défend la transmission comme responsabilité littéraire et civique.
Et au fond, c'est un peu avec... en côtoyant Barthes, mais surtout beaucoup en côtoyant Edgar Morin, que j'ai fait mes classes, en fait.
BER Claude, DURIF Eugène

Chapitres

  1. 00:00:26 Nicole Lapierre : parcours, identité et mémoire
  2. 00:02:13 La genèse du Plus menteur d’entre nous tous
  3. 00:08:00 Ulysse, les radiographies et les fantômes du passé
  4. 00:20:26 Barthes, Morin et Le silence de la mémoire
  5. 00:24:19 Philippe Renonnet et Les portraits de Laura Blume
  6. 00:27:41 Photographie, taxidermie et palimpseste
  7. 00:43:13 Laura Nish : entrer dans la réalité des tribunaux
  8. 00:54:41 Opinion, statut de victime et régime de la preuve
  9. 00:58:34 Belinda Canonne et Les vulnérables
  10. 01:11:07 Écrire à partir du réel et des archives
  11. 01:19:19 Jury populaire, transmission et responsabilité

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