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Mémoire, disparition, vulnérabilité et justice : porter la voix des invisibles

CANONNE Belinda, HEINICH Laure, LAPIERRE Nicole, RENONCAY philippe

1 h 28 min 44 s

À travers plusieurs livres et plusieurs genres, l’émission examine ce que l’écriture peut transmettre des absents, des êtres vulnérables, des personnes jugées ou empêchées de parler. Les échanges abordent la fabulation et l’identité, le deuil et la photographie, le fonctionnement concret de la justice, ainsi que la place accordée aux marginaux dans la fiction. Une discussion finale fait apparaître leur fil commun : la parole écrite comme moyen de rendre visibles des expériences souvent reléguées.

Résumé de l'émission

L’émission s’ouvre sur le parcours de Nicole Lapierre et sur ses recherches consacrées à l’identité, à la mémoire familiale et à la transmission entre générations. La discussion porte ensuite sur « Le Plémenteur d’entre nous tous », livre hybride inspiré d’un homme fabulateur. Le mensonge y est moins considéré comme une performance solitaire que comme une relation engageant aussi ceux qui écoutent et acceptent le récit. L’entretien revient sur la construction du personnage, ses identités successives, son bégaiement, l’humour noir et le choix formel de l’adresse directe.

Une deuxième séquence explore l’œuvre attribuée dans la transcription à Philippe Renoncais, organisée autour de la disparition et du deuil. La taxidermie, la photographie et le palimpseste donnent forme à une présence-absence : ce qui a disparu demeure sous la forme d’une image, d’une trace ou d’une reproduction. La construction du roman multiplie les points de vue et les chapitres courts, comme autant de tentatives d’éclairage. L’échange aborde également les emprunts au thriller, la dimension métaphysique du récit, un rapport critique à la psychanalyse et l’importance de la transmission culturelle.

La justice pénale constitue le troisième grand ensemble. Une intervenante décrit la responsabilité des avocats dans la mise en visibilité de la justice et invite le public à franchir la porte des tribunaux. Elle analyse la tension entre le traitement ritualisé des affaires et le principe d’individualisation des peines. Le manque de temps et de moyens, les biais sociaux, l’affaiblissement de la présomption d’innocence et les effets d’une peine dépourvue d’accompagnement sont discutés. L’entretien distingue aussi les notions de victime, de plaignant et de partie civile, tout en soulignant l’écart parfois douloureux entre l’expérience vécue et la vérité judiciaire fondée sur la preuve.

L’émission présente ensuite le recueil « Les vulnérables », attribué dans la transcription à Béninda Cannon. Ces nouvelles s’intéressent à des personnes laissées à la marge : personnes sans domicile, migrants, enfants maltraités et autres figures fragiles. La forme brève permet une écriture elliptique, des variations de langue et des passages du réel vers la fiction, voire vers le fantastique. Parmi les récits évoqués figure une histoire liée au Chambon-sur-Lignon, à la mobilisation collective autour d’André Trocmé et au destin de Daniel Trocmé.

Dans la discussion collective finale, les livres sont rapprochés par leur volonté de transmettre la parole des disparus, des marginaux, des justiciables et de ceux qui ne disposent pas des lieux où se faire entendre. Cette ambition reste présentée comme ambivalente : parler pour autrui suppose toujours une interprétation. Le débat revient enfin sur le recul du jury populaire, la professionnalisation des juridictions, l’autorité du juge dans les délibérations et les inégalités sociales de prise de parole. L’écrivain apparaît alors comme un possible « écrivain public », chargé de porter des voix sans prétendre s’y substituer.

  • Nicole Lapierre relie récits de vie, identité, mémoire familiale et transmission intergénérationnelle.
  • La fabulation est étudiée comme une relation entre le menteur et un auditoire qui peut devenir complice.
  • La disparition et le deuil prennent forme à travers la taxidermie, la photographie, le palimpseste et la reproductibilité.
  • Le fonctionnement contraint des tribunaux peut entrer en tension avec l’individualisation des peines et renforcer des biais sociaux.
  • L’expérience d’une personne se disant victime ne coïncide pas toujours avec la vérité judiciaire, qui dépend de la preuve.
  • « Les vulnérables » met en fiction des personnes marginalisées à travers la forme brève de la nouvelle.
  • La transmission passe par les livres, les témoignages et la diversité des points de vue, notamment au sein des juridictions.
  • La conclusion interroge la capacité des écrivains à porter la voix de ceux qui n’ont pas accès aux espaces publics de parole.
Depuis longtemps, j'avais envie d'y revenir, mais aussi avec l'idée que le menteur n'est rien sans son auditoire et qu'au fond, nous étions complices.
CANONNE Belinda, HEINICH Laure, LAPIERRE Nicole, RENONCAY philippe

Chapitres

  1. 00:00:26 Nicole Lapierre : parcours, identité et mémoire
  2. 00:02:57 Les récits de vie comme méthode
  3. 00:03:55 Fabulation, auditoire et construction du personnage
  4. 00:17:45 Humour noir, bégaiement et forme de l’adresse
  5. 00:25:51 La disparition et le travail du deuil
  6. 00:27:41 Taxidermie, photographie et présence-absence
  7. 00:48:05 Justice pénale, individualisation et biais sociaux
  8. 00:56:00 Victime, preuve et vérité judiciaire
  9. 01:00:08 « Les vulnérables » : faire vivre les marginaux par la fiction
  10. 01:09:40 Le Chambon-sur-Lignon entre histoire et fiction
  11. 01:20:00 La transmission et le recul du jury populaire
  12. 01:27:00 L’écrivain comme porte-voix