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Kundera, l’homme-roman

Milan Kundera : langues, ironie et art du roman

BOYER-WEINMANN Martine, CZARNY Norbert, NOIVILLE Florence, SCARPETTA Guy

1 h 31 min 19 s

Cette émission hommage revient sur la trajectoire et l’œuvre de Milan Kundera à travers plusieurs regards critiques et personnels. De son exil à son choix du français, de La Plaisanterie à L’Art du roman, la discussion examine sa manière de renouveler la forme romanesque, son goût de l’ironie et sa méfiance envers les lectures politiques, biographiques ou médiatiques.

Résumé de l'émission

L’émission s’ouvre sur un hommage à Milan Kundera et sur plusieurs repères de sa trajectoire : sa naissance à Brno, son engagement communiste de jeunesse, son exclusion du Parti communiste tchécoslovaque, son exil en France et son changement progressif de langue d’écriture. Les intervenants reviennent également sur son désir de contrôler la publication et la présentation de son œuvre, notamment dans la Pléiade, ainsi que sur son rapport difficile aux médias et aux commentaires biographiques.

Une large partie de la discussion porte sur la conception kundérienne du roman. Kundera se définit d’abord comme romancier, terme qu’il distingue de celui d’écrivain. Le roman est présenté comme un moyen de découverte capable d’éclairer des dimensions de l’expérience humaine auxquelles la psychologie, l’histoire, la politique ou la psychanalyse n’accèdent pas de la même manière. Sa construction procède par motifs, variations et changements de tonalité, selon un modèle souvent rapproché de la composition musicale. Les personnages deviennent des « égos expérimentaux » dans un espace où le jugement reste suspendu.

L’émission analyse aussi la réception contrastée de Kundera. La Plaisanterie a notamment été lue comme un texte essentiellement politique, interprétation que les intervenants jugent réductrice. Son adoption du français, la réécriture ou la retraduction de certains textes et l’affirmation de l’égale authenticité des versions française et tchèque sont replacées dans une tradition d’auteurs ayant changé de langue. Les critiques portant sur une supposée aridité de ses romans français sont également discutées, sans retenir l’idée d’une rupture nette entre deux périodes de son œuvre.

Humour, ironie, musique, érotisme et kitsch constituent d’autres fils directeurs. L’érotisme kundérien est abordé à travers l’intériorité des personnages, le donjuanisme et la diversité des figures féminines. Le kitsch est présenté comme une évacuation de ce que l’existence comporte d’inacceptable, sous des formes aussi bien totalitaires que publicitaires. La discussion souligne enfin la place de la culture musicale d’Europe centrale, tout en évoquant le pessimisme de Kundera face à la banalisation culturelle et à la disparition du deuxième degré.

Le dernier mouvement adopte un ton plus intime. Il est question de Vera, de son rôle discret auprès de Kundera, de ses dessins, de ses relations avec les autres arts et de plusieurs anecdotes liées à la mémoire, à l’oubli et au hasard. L’émission se conclut par une invitation à lire ou relire Kundera, mais aussi les auteurs qui ont compté dans l’horizon littéraire présenté au cours de la discussion, parmi lesquels Kafka, Gombrowicz et Musil.

  • Kundera est présenté avant tout comme un romancier qui distingue cette fonction de celle, plus générale, d’écrivain.
  • Le roman doit inventer des formes et découvrir des aspects de l’expérience humaine inaccessibles à d’autres systèmes d’explication.
  • La composition de ses livres est rapprochée de la musique, avec ses motifs, ses variations et ses changements de tonalité.
  • Le passage du tchèque au français s’accompagne d’un travail de réécriture et de retraduction placé sous le signe de l’authenticité des deux langues.
  • L’émission conteste l’idée d’une rupture nette entre une période tchèque et une période française de l’œuvre.
  • La lecture principalement politique de La Plaisanterie est présentée comme un malentendu durable.
  • L’humour, l’ironie et la suspension du jugement occupent une place centrale dans la conception kundérienne du roman.
  • Le kitsch est analysé dans ses dimensions totalitaire, culturelle et publicitaire.
  • L’érotisme, le donjuanisme et l’exploration de l’intériorité permettent d’aborder la diversité des relations entre les personnages.
  • Le contrôle éditorial, la méfiance envers les médias et le refus du biographisme structurent le rapport de Kundera à sa postérité.
« Il saura qu'un homme n'est celui pour qui il se prend, que ce malentendu est général, élémentaire, et qu'il projette sur les gens la douce lueur du comique. »
BOYER-WEINMANN Martine, CZARNY Norbert, NOIVILLE Florence, SCARPETTA Guy

Chapitres

  1. 00:00:00 Ouverture de l’hommage et présentation de Norbert Charny
  2. 00:01:42 Biographie, exil et contrôle de l’œuvre
  3. 00:08:39 Ironie, humour et malentendus autour de La Plaisanterie
  4. 00:17:56 Pourquoi lire L’Art du roman ?
  5. 00:18:50 Kundera romancier et la suspension du jugement
  6. 00:35:37 Réception critique et passage au français
  7. 00:40:00 Le roman comme invention formelle et instrument de découverte
  8. 00:55:38 Érotisme, intériorité et kitsch
  9. 01:00:18 Florence Noisville : une relation intime avec Milan et Vera
  10. 01:14:10 Continuité de l’œuvre, arts et culture humaniste
  11. 01:20:07 Controverses, postérité et prix Nobel
  12. 01:28:17 Le complot du hasard et la conclusion